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ERDOGAN OBTIENT DE TRUMP UNE «ZONE DE SÉCURITÉ» ÉTABLIE PAR ANKARA

Des pions sur l'échiquier

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Après la menace de dévastation économique, les souriresAprès la menace de dévastation économique, les sourires

Dès l'annonce du retrait des 2000 soldats américains venus en appui à l'action des FDS, un tollé, notamment franco-britannique, mais aussi aux Etats-Unis, a contraint le président Trump à revoir sa copie.

Après les échanges aigres-doux de lundi dernier, Ankara et Washington tentent d'accorder leurs violons sur la «zone de sécurité» proposée par le président américain Donald Trump en vue de séparer les positions des Forces démocratiques syriennes, la milice kurde, honnie par la Turquie, et celles des troupes dépêchées par le président Erdogan, dans le but d'en finir avec la menace incarnée par un Kurdistan virtuel à ses frontières. Réagissant à la suggestion de Trump, le chef de l'état turc a aussitôt affirmé qu'il lui appartient de délimiter la dite zone de sécurité et que la chose aurait été ainsi conclue avec son homologue américain, lors d'un entretien téléphonique qualifié d'»extrêmement positif». Ce faisant, le président Erdogan a également précisé que la zone s'étendra sur une largeur de 20 miles, soit quelque 30 km, dans cette zone nord de la Syrie où sont encore cantonnés des groupes terroristes et des rebelles importants comme à Idlib, pour lesquels Ankara a obtenu in extremis de la Russie un calendrier, avant une offensive donnée pour imminente des forces syriennes et de leurs alliés. En tout état de cause, c'est la première fois que la Turquie laisse entendre que le président Trump a consenti à lui laisser le soin de déterminer la nature et la dimension de la «zone de sécurité» initialement pensées, par Washington comme un moyen de sauvegarder leur allié kurde face à une opération militaire d'envergure, que la Turquie s'apprêtait à lancer de l'autre côté de l'Euphrate. Mais la revendication n'est pas nouvelle, car cela fait plusieurs années que la Turquie entend disposer de cette «zone de sécurité» pour neutraliser les Unités de protection du peuple (YPG - FDS) dont elle est convaincue qu'ils sont de mèche avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation terroriste qui mène des attaques sanglantes sur le territoire turc voici trois décennies.
Mais les YPG-FDS sont des alliés de Washington et de la coalition internationale, et ils ont combattu à ce titre en première ligne contre Daesh. Dès l'annonce du retrait des 2000 soldats américains venus en appui à leur action, un tollé, notamment franco-britannique mais aussi aux états-Unis, a contraint le président Trump à revoir sa copie, d'abord en indiquant que le retrait serait aussi progressif que très lent, ensuite en affirmant qu'il n'est pas question de laisser les alliés kurdes seuls face aux troupes turques. Toujours est-il que ce dossier a constitué, depuis deux ans au moins, un sujet qui fâche et a même engendré un climat de suspicion entre deux alliés au sein de l'Otan, comme l'a illustré la sortie de Donald Trump, lundi dernier, menaçant de «dévaster l'économie turque», au cas où les Kurdes seraient attaqués. Recep Tayyip Erdogan a-t-il réussi à inverser la tendance? Toujours est-il qu'il a rassuré son groupe parlementaire de l'AKP, en affirmant que son entretien téléphonique avec l'imprévisible milliardaire américain a revêtu «une compréhension mutuelle d'une portée historique». Il faudra attendre quelques jours et les signes d'une réelle compréhension entre les deux pays dont les intérêts sont bizarrement proches et contradictoires tout à la fois, pour savoir si, effectivement, un accord a pu se conclure, auquel cas le sort des Kurdes du nord de la Syrie ne sera que très provisoirement préservé.

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