Accueil |Internationale |

GUTERRES SALUE L'ACCORD ENTRE AL-SERRAJ ET HAFTAR

La Libye entre l'oasis et le mirage

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Une bonne nouvelle pour l'ONUUne bonne nouvelle pour l'ONU

Voilà un nouvel accord, entre les pouvoirs rivaux, pour la tenue des élections en Libye, annonce l'ONU.

Une nouvelle chasse l'autre, bonne ou mauvaise c'est selon. Jeudi dernier, Fayez al Serraj et le maréchal Khalifa Haftar sont parvenus à surmonter leur différend pour sceller un nouvel accord relatif à la tenue des élections en Libye, conformément à l'agenda du représentant du secrétaire général de l'ONU Ghassan Salamé. Celui-ci avait exposé au Conseil de sécurité les différentes étapes de sa médiation, censée avoir été confortée lors de la réunion des parties concernées à Paris puis à Palerme, mais en vain tant le contexte réel échappe aux prévisions et aux ambitions des pays tiers qui tentent d'influer sur le devenir du pays au gré de leurs intérêts particuliers. Raison pour laquelle l'Union africaine et le Groupe des pays voisins n'ont eu de cesse de dénoncer les ingérences contre-productives et d'appeler à des initiatives par et pour les Libyens eux-mêmes.
D'où aussi le vent de pessimisme, ou à tout le moins, de prudence, qui a accompagné l'annonce de cet accord initié dans le cadre émirati, sachant que les EAU entendent également jouer un rôle moteur dans le processus de normalisation, à défaut de la réconciliation en Libye. Abou Dhabi a toujours misé sur le maréchal Haftar, rejoignant en cela plusieurs puissances qui appuient officiellement le processus onusien, mais n'hésitent pas à le torpiller en sous-main. Bon nombre de tête-à-tête ont déjà eu lieu entre les deux hommes, d'abord en Egypte où le chef de l'armée nationale libyenne autoproclamée bénéficie d'une bienveillance certaine, puis à Paris, en mai 2018, où les pressions ont été si fortes qu'il a bien fallu donner le change avec des images réconfortantes sur l'entente cordiale entre les deux parties puis, dernièrement, en Italie où il fut question d'un pas dynamique vers l'organisation du référendum sur la nouvelle Constitution, préalable à la tenue des élections proprement dites.
Tout ceci pour dire que les promesses sont nombreuses, telles la date du 10 décembre 2018 à laquelle devaient se tenir ces élections. «Mais à l'impossible, nul n'est tenu», surtout s'il est Libyen!
Pourtant, ne boudons pas notre plaisir et admettons avec les Emiratis que al Serraj et Haftar se soient de nouveau livrés à une franche accolade, voire à une accolade fraternelle. L'important est que l'accord ait été conclu, dit le communiqué, «sous l'égide de l'ONU» qui a, décidément, bon dos. C'est du moins ce qui ressort d'un tweet de la Manul, la Mission d'appui des Nations unies en Libye. «Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales, mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d'unifier ses institutions», a écrit l'organisation qui s'est gardée d'avancer un quelconque calendrier, et on la comprend.
Reste que le deal entre Fayez al Serraj et le maréchal Khalifa Haftar demeure insuffisant en ce sens que bon nombre d'autres parties incontournables n'ont pas dit leur (dernier?) mot. C'est par exemple le cas des incontournables milices de Misrata et de Zintan ainsi que des nombreuses tribus qui sont une composante forte de la société libyenne. Comment espérer parvenir à une stabilité des institutions et au retour de la sécurité seul à même de permettre la réhabilitation d'une économie en lambeaux sans ces pièces manquantes du puzzle libyen? Tout accord dépend de façon vitale d'une adhésion pleine et entière de toutes les composantes du drame et de leur engagement en faveur d'élections transparentes sur la base d'une Constitution dûment adoptée par référendum. Des étapes difficiles à franchir, mais non impossibles pour peu que les bonnes volontés s'expriment sans calculs ni faux-fuyants et loin de toutes les ingérences pernicieuses de ces dernières années. C'est cette conférence que Ghassan Salamé espérait tant organiser en janvier dernier, ouvrant la voie à la Constitution et donc à des élections salutaires, mais force est de dire que la route est encore longue qui mène à l'oasis de la paix.

Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha