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LE 30E SOMMET ARABE DES CHEFS D'ÉTAT S'OUVRE AUJOURD'HUI À TUNIS

Un unanimisme circonstancié

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Le roi Salmane est arrivé en grande pompe deux jours avantLe roi Salmane est arrivé en grande pompe deux jours avant

La Libye, écartelée entre les milices et les deux autorités qui se disputent le pouvoir depuis leurs bases, l'une à Tripoli et l'autre à Tobrouk, va dominer les débats alors que l'urgence d'une solution politique incarnée par la feuille de route de Salamé s'impose plus que jamais.

Proposée lors du sommet de Bahrein, la Tunisie accueille aujourd'hui le 30 ème Sommet des chefs d'Etat arabes, dans une ambiance de liesse initiée par la visite officielle du roi Salman, accompagné par une délégation de plus de 1200 personnes dont de nombreux ministres et des princes consorts. L'Arabie saoudite investit à tour de bras dans l'économie tunisienne et cette occasion est par trop belle pour ne pas élargir le champ des opérations d'investissements. Le président tunisien Béji Caïd Essebsi qui a la haute main sur les Affaires étrangères a géré personnellement l'événement, prenant en compte les données psychologiques et politiques de la scène arabe pour éviter le moindre couac. Il faut dire que ce ne sont pas les sujets qui fâchent qui manquent au menu de cette rencontre panarabe tenue dans un contexte de divisions profondes, voire de franches inimitiés entre certains pays membres. Il fallait donc veiller à ménager le loup et l'agneau et à baliser, autant que faire se peut, le terrain d'une concorde de façade, faute d'une unanimité sincère. Pour cela, la «tradition» veut que le moindre sujet clivant soit évacué, de sorte que la guerre larvée que se livrent Riyadh et Doha et dont Abou Dhabi, Le Caire et Bahreïn sont parties prenantes, relève du théâtre d'ombres. Les hostilités ouvertes durant l'été 2017 entre l'Arabie saoudite et le Qatar ont mis à terre le Conseil de coopération du Golfe qui regroupe six monarchies et elles ont planté le décor d'une nouvelle stratégie saoudienne incarnée par le tout nouveau prince héritier Mohamed ben Salmane. Depuis, la guerre imposée au Yémen où l'armée saoudienne, soutenue par les forces émiraties et autres, se découvre embourbée et où elle utilise des moyens souvent contestables comme l'indiquent les vives critiques du Congrès américain adressées à l'administration Trump sera pieusement ignorée.
Ce ne sera pas le cas de la Syrie, revenue depuis plusieurs mois sur le devant de la scène arabe, grâce aux victoires de l'Armée arabe syrienne qui a reconquis plus des deux tiers du territoire. La question du retour de ce pays, un des sept fondateurs de la Ligue arabe, ne se pose pratiquement plus et, disent les dirigeants, «ce n'est plus qu'une question de temps». La condamnation unanime de la décision du président américain Donald Trump qui, après avoir transféré l'ambassade des Etats-Unis à El Qods au grand dam de la communauté internationale, vient de donner de nouveaux gages au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avec la reconnaissance du Golan syrien comme faisant partie d'Israël en constitue un signe évident. Cet enjeu, comme celui d'El Qods et de Ghaza ainsi que, plus largement, le dossier de la Palestine et de son droit à un Etat indépendant avec El Qods-Est comme capitale seront des sujets majeurs du sommet.
La Libye, écartelée entre les milices et les deux autorités qui se disputent le pouvoir depuis leurs bases, l'une à tripoli et l'autre à Tobrouk, va également dominer les débats alors que l'urgence d'une solution politique incarnée par la feuille de route du Représentant spécial du secrétaire général de l'ONU Ghassan Salamé s'impose plus que jamais. En présence du président du Conseil présidentiel et chef du gouvernement d'Union nationale Fayez al Serraj, les chefs d'Etat vont sans doute apporter leur appui à cette démarche du médiateur onusien, d'une part, et encourager par ailleurs les efforts du Groupe des pays voisins agissant dans le cadre conjugué de l'Union africaine et de la Ligue arabe elle-même. Nul doute que le maréchal Khalifa Haftar, absent de Tunis mais reçu voici trois jours à Riyadh, suivra attentivement les concertations autour de la mise en oeuvre du plan Salamé qui prévoit des élections présidentielle et législatives dans les six mois qui viennent, une fois que la conférence, prévue à Ghadamès dans les prochaines semaines, aura validé le projet constitutionnel à soumettre par référendum au peuple libyen. Tels sont les dossiers essentiels qui seront discutés, après la photo officielle d'un sommet tout à fait symbolique et dont les résolutions ne vont pas bouleverser aussitôt l'actualité. Formellement, tout sera pour le mieux dans le meilleur du Monde arabe possible, même si le brûlant dossier de la réforme des institutions de la Ligue arabe peut faire l'objet de quelques dissensions. Mais il faut bien s'adapter aux contingences et prendre exemple de ce qu'a fait l'Union africaine. La clôture du 30 ème Sommet sera elle aussi banale, alors que l'émir du Koweït compte prolonger son séjour à Tunis où doit s'ouvrir, mardi prochain, un forum économique arabo-chinois.

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