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L'AKP ESSUIE UN CINGLANT REVERS À ANKARA ET ISTANBUL

Le pari perdu d'Erdogan

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Les municipales 2019 sont un sérieux avertissement pour l'AKPLes municipales 2019 sont un sérieux avertissement pour l'AKP

Il apparaît clairement, selon les chiffres provisoires, que les élections dans les deux plus grandes villes de Turquie ont été remportées par les candidats du bloc d'opposition constitué du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et du Bon parti (droite).

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a essuyé, hier, un sérieux revers en 16 ans de pouvoir, les résultats définitifs confirmant la perte des deux plus grandes villes du pays, à savoir la capitale Ankara et la très symbolique Istanbul dont il fut le maire en pleine ascension politique. En perdant la mairie d'Ankara, l'AKP avait bien tenté de minimiser les dégâts, prévoyant des recours et se fiant au recomptage des bulletins pour Istanbul dans un contexte de récession économique et d'inflation record qui apparaissaient déjà comme des signaux d'alarme quant au baromètre de popularité du parti islamiste. Le président Erdogan aura fait de son mieux pour tenter d'endiguer la vague, allant jusqu'à tenir huit meetings par jour dans différentes villes du pays mais en vain. En jetant toutes ses forces dans la bataille électorale des Municipales, il a par-là même confirmé que l'opposition progresse lentement mais sûrement, même si la coalition formée par l'AKP demeure, malgré tout, en tête au plan national, avec 51% des suffrages. En perdant Ankara et Istanbul, deux villes que l'AKP et ses prédécesseurs islamistes tiennent, ou plutôt tenaient, depuis 25 ans, c'est bien le signe que malgré une visibilité politique et médiatique majeure, la formation du président Erdogan commence à perdre du souffle au point de se voir dépossédée de ses principaux joyaux, le chef de l'Etat ayant fait d'Istanbul la vitrine de ses mégaprojets d'infrastructures spectaculaires. Le président du Haut comité électoral (YSK), Sadi Güven, a indiqué lundi que le candidat de l'opposition M. Imamoglu devançait l'ancien Premier ministre M. Yildirim d'environ 28.000 voix, selon des résultats partiels, une véritable goutte d'eau à l'échelle d'une ville de 15 millions d'habitants. L'agence de presse étatique Anadolu créditait alors M. Imamoglu de 48,79% des voix contre 48,51% pour M. Yildirim, le dépouillement ayant été achevé à hauteur de 99% des urnes. Fort de ces chiffres et sans attendre les résultats définitifs, M. Imamoglu avait mis à jour, lundi, sa biographie sur Twitter, apparaissant comme le «maire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul», et promettant de «commencer le plus vite possible à servir les Stambouliotes».
Incontestablement, la double perte de la capitale et d'Istanbul constitue pour le président Erdogan un coup terrible, au moment où il doit affronter, sur la scène internationale, le défi des Kurdes de Syrie soutenus par la coalition internationale que dirigent les Etats-Unis et où Washington multiplie les pressions et les menaces de sanctions pour le contraindre à infléchir sa démarche récalcitrante en tant que membre de l'OTAN. La situation économique aura sans doute beaucoup pesé dans ce recul spectaculaire de l'AKP tant les Turcs sont affectés par les multiples effets de la crise. Jusque-là portée, depuis 2002, par une forte croissance économique et une stratégie offensive à l'exportation, l'AKP a sans cesse engrangé les victoires électorales de sorte qu'elle a laminé les forces dites d'opposition. Mais la récession inattendue dans laquelle a plongé la Turquie de cette décennie et les conséquences qui en découlent (inflation galopante, chômage aigu...) ont mis l'économie du pays en berne et fait très mal à la composante électorale du parti de Recep Tayyip Erdogan. Faisant face à une opposition qui a trouvé le ressort nécessaire pour composer un front uni - le CHP et l'Iyi ont présenté des candidatures communes partout dans les grandes villes - et qui a, en outre, bénéficié du soutien manifeste du parti prokurde HDP, l'AKP se voit pour la première fois depuis de nombreuses années contrainte de céder le banc, même si des recours ont été introduits, hier, pour contester les résultats à Istanbul dans l'ensemble des 39 districts. Le chef du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) pour la province d'Istanbul, Bayram Senocak espère convaincre en arguant de nombreuses «irrégularités» dans cette ville comme à Ankara. Pour lui, il s'agit d'«écarts exorbitants» entre le nombre réel des suffrages reçus par le candidat de l'AKP et le comptage transmis aux autorités électorales par des bureaux de vote. Mais pour l'heure, il apparaît clairement, selon les chiffres provisoires, que les élections dans les deux plus grandes villes de Turquie ont été remportées par les candidats du bloc d'opposition constitué du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et du Bon parti (droite).

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