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MALGRÉ L'OFFENSIVE DE HAFTAR, LA CONFÉRENCE NATIONALE LIBYENNE EST MAINTENUE

Le chantage au chaos

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Les troupes de Haftar ont été attaquées par un avion parti de MisrataLes troupes de Haftar ont été attaquées par un avion parti de Misrata

Antonio Guterres s'était rendu à Benghazi, vendredi dernier, pour y rencontrer Khalifa Haftar, après s'être entretenu la veille avec Fayez al Serraj. Mais en quittant la Libye, il n'avait pas caché son amertume et le sentiment «d'une profonde inquiétude» et d'«un coeur lourd».

Pendant que les combats se poursuivaient hier encore à une cinquantaine de km de Tripoli entre les milices loyales au GNA de Fayez al Serraj et l'Armée nationale libyenne autoproclamée du maréchal Khalifa Haftar, l'émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, déclarait que la conférence nationale, prévue en avril, serait maintenue, malgré l'assaut lancé contre la capitale par l'ANL. «Nous sommes déterminés à organiser cette conférence interlibyenne à la date prévue», du 14 au 16 avril, «sauf si des circonstances majeures nous en empêchent», a-t-il dit lors d'une conférence de presse tenue à Tripoli. Sourd aux nombreux appels de la communauté internationale, Khalifa Haftar et ses forces armées ont poursuivi leur offensive, la violence des combats au sud de la capitale libyenne faisant craindre un embrasement aux conséquentes néfastes pour la Libye mais aussi pour les pays voisins. Au cours de la réunion qu'ils ont tenu en France vendredi dernier, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont «exhorté» les «acteurs» du conflit à cesser «immédiatement» tous «les mouvements militaires vers Tripoli, qui entravent les perspectives du processus politique mené par les Nations unies».
«Il n'y a pas de solution militaire au conflit libyen», ont ainsi déclaré les chefs de la diplomatie des Etats-Unis, du Canada, de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, d'Italie et du Japon. Parallèlement, le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni en urgence, s'est pour sa part adressé directement à l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar, le sommant d' «interrompre tous les mouvements militaires», selon l'ambassadeur allemand Christoph Heusgen. Une sommation qui n'a pas eu d'effet sur le théâtre des affrontements qui se sont poursuivis entre l'ANL et les groupes armés du GNA reconnu par la communauté internationale, malgré les tentatives de médiation du secrétaire général de l'ONU en personne. Antonio Guterres s'était en effet rendu à Benghazi vendredi dernier pour y rencontrer Khalifa Haftar, après s'être entretenu la veille avec Fayez al Serraj. Mais en quittant la Libye, il n'avait pas caché son amertume et le sentiment «d'une profonde inquiétude» et d'«un coeur lourd», même s'il a voulu relativiser sa déception en disant «espérer (le fait) toujours possible d'éviter une confrontation sanglante à Tripoli et ses environs». Bon prince, Khalifa Haftar avait ordonné jeudi à ses troupes d' «avancer» sur Tripoli, quelques jours après avoir rencontré Al Serraj à Abu Dhabi et convenu avec lui de la date de la conférence nationale! C'est dire s'il n'était pas alors dans ses intentions de procéder à cette offensive qui présente les signes évidents d'une opération recommandée par ses soutiens occultes, compte tenu de la situation qui prévaut dans la région maghrébine et plus précisément en Algérie. De fait, les préoccupations se focalisent désormais sur la situation libyenne. Haftar aura beau jeu, le moment venu, de prétendre concéder un cessez-le-feu salvateur, même si ses ordres sont d'entrer dans Tripoli. «L'heure a sonné», a-t-il dit dans un message audio, instruisant l'ANL d' «épargner les civils», les «institutions de l'Etat» et les «ressortissants Etrangers». Toujours est-il que son «avancée» se heurtait, hier, à la force de protection de Tripoli, une coalition de milices loyales au GNA, ainsi qu'à plusieurs milices de Misrata qui avaient chassé Daesh de la ville de Syrte en 2017, après plusieurs mois de violents affrontements. Vendredi dernier, ces milices avaient fait état d'un nombre important de prisonniers et d'un repli de l'ANL à quelque 30 km de Tripoli tandis que l'entourage de Haftar affirmait s'être emparé de la ville ainsi que de l'aéroport international de Mitiga détruit en 2014. Les troupes du maréchal y étaient certes parvenues mais elles ont été aussitôt chassées,. Des sources ont confirmé la venue de Fayez al Serraj au niveau du barrage où l'ANL a été contrainte de battre retraite pour se déployer dans la zone d'Al Azizia, à 50 km au sud-ouest de Tripoli. Le porte-parole de l'ANL, le général Ahmad al Mesmari a affirmé que l'avancée des troupes se poursuit tout en reconnaissant le revers de vendredi dernier. Avec cette offensive, le maréchal Khalifa Haftar montre sa volonté de provoquer un embrasement de la Libye pour empêcher la tenue de la conférence nationale prévue du 11 au 16 avril à Ghadamès, en vue de finaliser la feuille de route onusienne avec la convocation des élections législatives et présidentielle pour sortir le pays de la crise. Faisant fi de tous les appels et de toutes les mises en garde qui émanent aussi bien de la communauté internationale que de l'Union africaine et de la Ligue arabe, il signifie à travers cette opération de sape que le peuple libyen doit choisir entre lui ou le chaos.

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