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KHARTOUM ET NOUAKCHOTT À L'ÉCOUTE D' ALGER

Ce que veulent les peuples

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Ce que veulent les peuples

Il aura fallu plus de quatre mois de mobilisation pour que la population soudanaise parvienne à arracher le départ du président Omar el Béchir, parvenu au faîte du pouvoir par un coup d'état contre Jaafar al Noumeiry. Près de 30 ans après, ironie du sort, la chute de Omar el Béchir intervient à un moment névralgique aussi bien pour le Soudan lui-même que pour l'ensemble de la région nord--africaine confrontée à des crises apparemment similaires. Tandis que les manifestants mauritaniens, mobilisés à l'appel de l'opposition, exigent une «présidentielle transparente», il semble que la décantation souhaitée s'opère à Khartoum, même si les Soudanais refusent l'option strictement militaire et revendiquent la rétrocession de la légitimité au seul peuple, à charge pour lui de mandater des civils. Il n'empêche, les mouvements de contestation qui bouleversent la scène politique au Soudan et en Mauritanie semblent bien inspirés directement par ce qui se passe en Algérie depuis le 22 février dernier, avec comme temps fort la démission contrainte du président Abdelaziz Bouteflika, une exigence de «la Rue» validée et exécutée par l'Armée nationale populaire qui a fait siennes les revendications «légitimes» du peuple, mobilisé pendant un mois, dans des conditions qui ont «forcé l'admiration» au plan international.
Devenue un exemple par son caractère inédit, cette mobilisation des villes algériennes aura, sans conteste, influé sur les échiquiers politiques des pays voisins où la grogne obéit à des motifs différents mais aussi à des objectifs identiques, à savoir une justice véritable et le respect effectif de la volonté populaire, unique source légitime de l'exercice du pouvoir à partir du choix manifesté dans les urnes.
Il est encore aléatoire, aujourd'hui, pour savoir si cette correspondance latente entre les évènements qui secouent notre pays, depuis plus d'un mois, et qui agitent les deux pays arabes et africains évoqués, depuis bien plus longtemps, connaîtra une évolution identique. En effet, les causes étant malgré tout différentes quand on examine la genèse de chacun des mouvements en question, on devrait forcément aboutir à des effets tout aussi différents. Si les peuples expriment, un peu partout, la même soif de réelle représentativité et de justice, la nature même des forces qui les régissent n'est en rien comparable. C'est pourquoi on a souligné, à juste titre, le lien puissant qui anime, en Algérie, le peuple et une armée soucieuse de concrétiser ses aspirations dans le cadre de la légalité constitutionnelle ainsi qu'elle l'a démontré avec la mise en oeuvre de l'article 102 contraignant au départ, sous la pression de la rue, le président Bouteflika. Compte tenu de la nouvelle tournure dramatique que connaît la Libye, la situation qui prévaut en Algérie, au Soudan et, à un degré moindre, en Mauritanie, fait les choux gras d'une certaine presse et milieux politico-diplomatiques étrangers, les conduisant à parler ouvertement de «Printemps arabe». C'est non seulement faire fausse route mais surtout prendre ses désirs pour une vérité. En 2011, la donne était toute différente pour les pays qui ont été victimes d'une stratégie de destruction pensée et orchestrée par des puissances dont on sait les véritables motivations. Actuellement, les calculs sont les mêmes mais les effets se heurtent forcément, du moins en ce qui concerne l'Algérie, à un contexte tout autre, les leçons de ces exemples tragiques ayant été tirées et les mesures appropriées mûrement réfléchies pour riposter à d'éventuelles tentatives de déstabilisation.

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