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SOUDAN

La contestation suspend les discussions avec l'armée

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Le chef du Conseil, le général Abdel Fattah al-Burhane, avait déjà fait monter la pression en «condamnant le blocage de routes et la fouille de personnes sans en avoir l'autorité. Cela ne peut plus continuer» avait-il averti.

C'est le bras de fer entre le mouvement de protestation et l'armée au pouvoir, qui a exigé hier de manière pressante la levée des barrages bloquant l'accès à son QG, point de ralliement de milliers de manifestants. Les protestataires, rassemblés jour et nuit à cet endroit depuis plus de deux semaines, ont de leur côté promis «d'intensifier le mouvement» pour obtenir le transfert du pouvoir à des civils. Le Conseil militaire de transition, qui a pris les commandes du pays après la destitution du président Omar el Béchir, a haussé le ton pour que la situation se normalise devant son QG de Khartoum. «Les routes doivent être rouvertes immédiatement pour faciliter la circulation des trains et des autres moyens de transport dans la capitale et les autres Etats», a déclaré le Conseil militaire dans un communiqué. L'armée insiste en particulier sur la nécessité de laisser circuler les «produits essentiels». Le chef du Conseil, le général Abdel Fattah al-Burhane, avait déjà fait monter la pression dimanche soir sur les manifestants en «condamnant le blocage de routes et la fouille de personnes sans en avoir l'autorité». «Cela ne peut plus continuer, parce que la sécurité est de la responsabilité de l'Etat», avait-il ajouté. Mais sur place des manifestants demeuraient insensibles à ces injonctions. Les manifestants doivent passer par plusieurs points de contrôle pour accéder aux abords du QG militaire, avec notamment une fouille corporelle et une vérification des sacs. Sur le plan politique, l'amorce de dialogue entre militaires et dirigeants de la contestation a tourné court dimanche soir, ces derniers annonçant la suspension des discussions. Le général Burhane avait affirmé dimanche à la télévision son «engagement à remettre le pouvoir au peuple». Mais ces déclarations ont été jugées trop vagues par les chefs de la contestation, qui ont accusé le Conseil militaire d'être «le prolongement» du régime d'Omar el Béchir, et appelé à «intensifier» les manifestations. «Le Conseil militaire a montré sa face sombre», a déclaré une figure de protestation, Wagdi Saleh. Le parti al-Oumma, première formation de l'opposition, a accusé hier «certains membres du Conseil militaire» de vouloir «recycler le régime renversé». Dans un communiqué il réclame que le pouvoir soit confié à l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations contestataires. L'ALC, qui avait prévu d'annoncer dimanche la formation d'une instance civile censée remplacer le collège d'officiers supérieurs à la tête du pays, a finalement fait savoir qu'elle le ferait «dans quelques jours». La contestation au Soudan, déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, s'est rapidement transformée en contestation inédite contre le président aujourd'hui déchu et emprisonné, et plus largement du système en place. Le pouvoir militaire a annoncé dimanche que l'équivalent de 113 millions de dollars, en devise américaine, euros et livres soudanaises, avaient été saisis dans la résidence de M. Béchir. Riyadh et Abou Dhabi ont par ailleurs confirmé dimanche leur soutien à Khartoum, en proie à de graves difficultés économiques, avec un dépôt de 500 millions de dollars auprès de la banque centrale soudanaise. Les deux pays ont également débloqué une somme de 2,5 milliards destinée à financer les besoins de la population en produits alimentaires, médicaments et produits pétroliers.

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