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LA PRÉSIDENTIELLE REPORTÉE POUR LA QUATRIÈME FOIS

Le pays du Cèdre à la croisée des chemins

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Tous les yeux seront braqués sur le Liban qui doit élire son futur premier magistrat du pays.

Dans l´imbroglio libanais cela semble, toutefois, plus facile à dire qu´à exécuter. Elire un président est-ce aussi ardu que cela? La question est à peine impertinente face aux derniers retournements de situation et tant la majorité, dirigée par Saâd Hariri, fils de l´ancien Premier ministre assassiné, et l´opposition conduite par trois poids lourds -le Hezbollah, le président du Parlement, Nabih Berri et l´ancien président, Michel Aoun- semblent aux antipodes les uns des autres. Les deux parties sont restées ces dernières semaines sur leurs positions avec pour résultat, le renvoi, par trois fois, de l´élection du successeur du président sortant, Emile Lahoud.
Or, le rendez-vous d´aujourd´hui qui était crucial pour le Liban -d´autant plus que le mandat d´Emile Lahoud s´achève le 23 novembre à minuit- est reporté à vendredi faute de consensus entre les parties. C´est du moins ce qu´affirmaient hier certains députés. S´exprimant sous couvert de l´anonymat, un député de la majorité a affirmé hier que «c´est reporté jusqu´au vendredi» 23 novembre.
De son côté, le député de la majorité, Elias Atallah a déclaré à l´agence de presse française AFP que «la séance va être reportée car tout indique qu´il n´y pas de consensus». Notons qu´au moment où nous rédigeons ces lignes, aucune déclaration officielle n´est venue confirmer ce report d´un scrutin programmé normalement pour aujourd´hui.
C´est cette impossibilité de la classe politique libanaise de trouver entre elle un consensus qui a donné lieu à une «ingérence» qui se veut «positive» de la «communauté internationale» -un euphémisme pour dire l´Occident et plus particulièrement la France et les Etats-Unis qui parrainent le gouvernement du pro-occidental Fouad Siniora- qui fait pression sur les parties en conflit au Liban en les poussant à trouver un accord.
Il y a jusqu´au secrétaire général de l´ONU, Ban Ki-moon, qui s´invite dans la crise libanaise, en estimant politique de faire un tour à Beyrouth où il y a séjourné vendredi dernier. M.Ban a ainsi mis en garde contre un échec de l´élection estimant que «si les responsabilités ne sont pas assumées, on pourrait se diriger vers le bord du gouffre» affirmant encore que le Liban se trouvait à un «carrefour critique». Alarmisme non fondé de la part de la communauté internationale?
Il n´en demeure pas moins que cette «internationalisation» de la crise libanaise avec le passage à Beyrouth, lors de ces derniers jours de pas moins de trois chefs de la diplomatie européenne, en l´occurrence, Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères et ses homologues espagnol, Miguel Angel Moratinos et italien Massimo d´Alema qui ont jugé nécessaire de faire le voyage dans la capitale libanaise. Le diplomate italien qui était samedi à Beyrouth -dans une ultime tentative de rapprocher les deux parties- a indiqué, lors d´une conférence de presse croire «(...) qu´il est possible que le Liban ait un président la semaine prochaine».
Nuançant son propos, il ajoute cependant: «Cela dépend de la volonté politique des protagonistes. La situation est difficile (...) et il n´est pas facile de surmonter les conflits politiques.» Son homologue français, Bernard Kouchner, plus pessimiste a moins «confiance» quant à l´issue possible de cet imbroglio, déclarant dimanche alors qu´il quittait Jérusalem. «Il y a une situation nouvelle, j´ai moins confiance maintenant. C´est plus compliqué», a-t-il dit.
De fait, l´ultime réunion programmée pour aujourd´hui, afin de trouver une issue à la présidence libanaise, peut être déterminante pour le devenir à terme, sinon immédiat, du Liban. Les deux parties libanaises en conflit se trouvent dos au mur et doivent conclure après l´échec des réunions du 25 septembre, du 22 octobre et du 10 novembre, lesquelles n´ont pu aboutir au consensus qui aurait pu permettre l´élection du président de la République, conformément à la loi fondamentale du pays.
Jusqu´ici, les protagonistes de la crise libanaise ont reculé l´heure de vérité, mais il est patent qu´en ce 21 novembre, à trois jours de l´expiration du mandat d´Emile Lahoud, le clan Hariri et ses amis, d´une part, l´opposition menée par Michel Aoun et le Hezbollah de Hassan Nasrallah, d´autre part, sont tenus de jouer cartes sur table pour sauver ce qui peut l´être encore du pays du Cèdre.
D´autant plus que les élections surviennent dans une situation de peur induite par une violence récurrente qui a touché, ces derniers mois, certaines personnalités libanaises avec les assassinats le 13 juin du député sunnite Walid Eido et le 19 septembre du député chrétien, Antoine Ghanem, l´un et l´autre réputés «anti-syriens».
L´atmosphère qui règne à Beyrouth rappelle étrangement celle prévalant en 1975 à la veille de la guerre civile, ce qui ne manque pas d´inquiéter une population qui souhaite vivement la fin du feuilleton présidentiel qui n´a fait que trop durer.
Mais nombreux sont ceux convaincus que même un accord de dernière minute ne serait en réalité qu´un pis-aller qui masque mal le profond fossé qui sépare une classe politique libanaise plus que jamais arc-boutée sur ses vérités. Toutefois, il est indéniable que pour tous l´heure «H» a bien sonné et chaque politicien libanais devra assumer sa part de responsabilité d´un éventuel clash lors du scrutin qui doit livrer le nom du futur président libanais.

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