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BENAZIR BHUTTO ASSASSINÉE

Le Pakistan dans la zone des tempêtes

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Le Pakistan, en butte au terrorisme islamiste, vient d’entrer dans une zone de turbulences dont personne ne peut en prévoir les retombées sur l’avenir du pays.

L´assassinat de l´ancienne Première-ministre Benazir Bhutto à quelques jours des législatives controversées -qui fit déjà l´objet d´une tentative similaire lors de son retour d´exil le 18 octobre dernier- souligne l´échec du général Pervez Musharraf à assurer l´ordre et la stabilité au Pakistan. En 60 ans d´indépendance, le Pakistan n´a que rarement eu à sa tête un pouvoir civil, se singularisant comme le pays ayant eu le plus de coups d´Etat lors des 50 dernières années du XXe siècle. Le général Musharraf étant lui-même arrivé au pouvoir par un coup de force. Le rêve de Mohammed Ali Jinnah, son fondateur, de faire du Pakistan un grand pays multi-ethnique s´est dilué lors de la session du Pakistan oriental (après la deuxième guerre indo-pakistanaise de 1965 et la montée du nationalisme bengali à partir de 1966), devenu en 1971 le Bengladesh. La République islamique du Pakistan composée de quatre provinces: le Sind (fief de la famille Bhutto) le Balûchistân, le Pendjab oriental et la Province du Nord-Ouest (Waziristân, où sont concentrés les groupes islamistes opposés à Islamabad et où sont censés se réfugier les talibans afghans et le leader de la nébuleuse islamique Al Qaîda, Oussama Ben Laden), est confrontée depuis de nombreuses années à une instabilité chronique aggravée par la composante humaine et ethnique du Pakistan qui fait craindre une implosion du pays d´Ali Jinnah. A l´exception de quelques brèves années de pouvoir civil, le Pakistan a toujours eu à sa tête des militaires dont le plus despotique a été le général Zia ul-Haq, celui-là même qui fit pendre, en 1979, l´emblématique ancien Premier-ministre Zulfikar Ali Bhutto, père de Mme Bhutto. Si jusqu´alors la situation induite au Pakistan, nonobstant son importance stratégique, ne mobilisait pas une attention soutenue dans le monde, il n´en est plus ainsi depuis 1998, date à laquelle l´explosion de la première bombe atomique «musulmane» fit de ce pays une puissance qui s´invite dans le club très fermé des puissances nucléaires. Dès lors, ce qui se passe au Pakistan intéresse au premier degré les grandes puissances, particulièrement les Etats-Unis, alliés stratégiques d´Islamabad. Aussi l´assassinat de Benazir Bhutto, et notamment ses retombées ultérieures, est-il suivi de près par les chancelleries mondiales, qui s´inquiètent du fait que cette puissance nucléaire puisse tomber aux mains de fanatiques islamiques. Cette inquiétude s´est auparavant manifestée le 18 octobre dernier lors du double attentat qui visait déjà Mme Bhutto à son retour de 8 ans d´exil. Attentat qui fit 193 morts, rappelle-t-on. L´attentat d´hier entre donc dans une longue série d´attaques qui ont endeuillé le Pakistan en 2007, occasionnant au moins 800 morts avec, en toile de fond, la bataille qui a opposé au début de l´été des groupes islamistes lourdement armés -retranchés dans la Mosquée Rouge d´Islamabad- aux forces des services de sécurité, qui firent le siège puis donnèrent l´assaut les 10 et 11 juillet à la Mosquée Rouge avec comme résultat la mise hors d´état de nuire de plus d´une centaine de militants intégristes. Depuis, c´est la guerre ouverte entre les autorités d´Islamabad et ces groupes, très actifs dans les provinces du Nord, frontalières de l´Afghanistan, demeurées dans leur majorité tributaires du tribalisme. Benazir Bhutto, qui s´est donnée pour mission de démocratiser le Pakistan et de l´ouvrir vers l´universel, ne pouvait qu´être une cible privilégiée pour les groupes islamistes pakistanais, qui après leur échec du 18 octobre sont revenus à la charge le 27 décembre parvenant à leurs fins en assassinant la pasionaria pakistanaise. Par ailleurs, Benazir Bhutto constituait pour les islamistes une cible médiatique et politique de premier choix. D´ailleurs, un porte-parole du ministère pakistanais de l´Intérieur a affirmé, hier, que l´opposante Benazir Bhutto était sur la liste des «cibles» du réseau terroriste Al Qaîda et «selon toute probabilité» serait derrière son assassinat. De fait, le réseau terroriste Al Qaîda a revendiqué hier l´attentat qui a coûté la vie, jeudi dernier, à Mme Bhutto, selon la chaîne privée pakistanaise Ary. Toutefois, le gouvernement pakistanais a affirmé «ne pas être au courant» d´une telle revendication, accusant, cependant, les islamistes, considérés comme proches d´Al Qaîda et responsables d´une vague d´attentats meurtriers dans le pays, d´être les auteurs de l´assassinat de Mme Bhutto. Aujourd´hui, la crainte est de voir le pays sombrer dans le chaos après les émeutes qui ont suivi l´assassinat de Mme Bhutto, faisant hier près de 20 morts, selon des sources sécuritaires. Avec cette nouvelle tragédie, le Pakistan entre dans une phase d´incertitudes qui menace sa stabilité et son unité.

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