PIRATERIE MARITIME
Grave menace sur le canal de Suez
Chaque matin, le canal injecte 15 millions de dollars dans les caisses de l’Etat égyptien, soit plus des 5 milliards de dollars prévus en 2008.
Axe stratégique du commerce mondial et source vitale de revenus pour l´Egypte, le canal de Suez risque de pâtir des raids de plus en plus audacieux des pirates du golfe d´Aden. Des armateurs internationaux ont déjà annoncé changer leur route maritime pour passer au sud de l´Afrique, doublant le cap de Bonne-Espérance, et éviter le canal qui relie la Méditerranée à l´océan Indien.
Chaque matin, le canal permet d´injecter 15 millions de dollars dans les caisses de l´Etat égyptien, soit plus des 5 milliards de dollars prévus en 2008, et 3,3% du PNB. Après une nouvelle augmentation des tarifs de 7,1% en avril, ses recettes ont bondi de record en record jusqu´à dépasser le demi-milliard de dollars en août, ayant doublé en six ans. En octobre, ses recettes ont été de 467 millions USD, les plus basses depuis six mois, en raison du ralentissement du commerce mondial, a affirmé à l´AFP le porte-parole de l´autorité du canal, Mahmoud Abdel Wahab. «Cela n´a rien à voir avec les actes de piraterie, aucune notification n´est intervenue d´une annulation de passage pour cette raison», a-t-il dit, évoquant un moyenne quotidienne forte de 70 navires ces derniers jours. Mais même si, hypothèse peu vraisemblable, les navires marchands se détournaient du canal de Suez, il resterait encore les bâtiments militaires se rendant, ou allant, dans le Golfe. Cela assure de solides revenus à l´Egypte. Le canal de Suez est aussi devenu un passage primordial pour les biens de Chine et d´Inde, et le chiffre de son transit est considéré comme un indicateur clef de la santé du commerce mondial. L´incidence sur le canal de l´explosion de la piraterie dans le golfe d´Aden est d´autant plus redoutable, qu´il commence à souffrir des premiers signes du fléchissement de la croissance mondiale. «C´est grave pour l´Egypte qui ne peut accepter que soit mise en péril sa troisième source de revenus», a déclaré à Imad Gad, analyste du centre d´études politique et stratégie Al-Ahram. Il est clair, vu du Caire, qu´une ligne rouge a été franchie avec la capture depuis le 15 novembre du superpétrolier saoudien Sirius Star par des pirates somaliens, venant après plus de 90 raids depuis le début 2008. Mais face à cette menace croissante pour ses intérêts, l´Egypte est sortie les mains vides de la réunion des pays arabes riverains de la mer Rouge qu´elle avait convoquée jeudi. «Les pays arabes sont démunis et ne savent pas quoi faire pour contrer l´instabilité en Somalie, source du problème», a dit M.Gad, pour qui «ils n´ont d´autre choix que se tourner vers les grandes puissances». Quelque 18.000 navires empruntent par an cette voie d´eau de 190km. Cela représente 90.000 millions de tonnes et 7,5% du commerce mondial. Face à la recrudescence des attaques dans le golfe d´Aden, certains armateurs choisissent d´emprunter la route maritime du cap de Bonne-Espérance, un détour long et coûteux qui ne les met pas complètement à l´abri de pirates de plus en plus hardis. Nationalisé avec fracas par le raïs Gamal Abdel Nasser en 1956, le canal a été le théâtre de plusieurs guerres jusqu´à sa réouverture en 1975. Il reste placé sous haute surveillance militaire.

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