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Mali

Le poison terroriste menace de s’étendre

Les états-Unis ont placé jeudi sur leur liste terroriste Amadou Koufa, le prédicateur et son groupe actifs dans la région au nom du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance terroriste du Sahel.

Longtemps restés hors des radars médiatiques, les Peuls, l’un des derniers grands peuples nomades de la planète, sont désormais au cœur de presque toutes les actualités au Mali, et plus largement au Sahel. Contrairement aux «hommes bleus» du désert - les Touaregs - qui fascinent les Occidentaux, avec lesquels ils entretiennent des liens séculaires, les Peuls restent largement méconnus. Depuis des siècles, ils empruntent pourtant, avec leurs troupeaux, les mêmes routes sahéliennes: ils sont aujourd’hui plus de 35 millions, dispersés dans une quinzaine de pays, des côtes atlantiques du Sénégal à la forêt dense de la Centrafrique. L’actualité les a rattrapés ces quatre dernières années, avec l’insurrection terroriste qui s’est propagée du Nord vers le centre du Mali. Dans la région de Mopti, où ils sont les plus nombreux, les Peuls constituent aujourd’hui le gros des combattants au sein des cellules terroristes liées à Al-Qaïda, comme la katiba Macina. Son chef, Amadou Koufa, est lui-même un Peul et appelle ses «frères», répartis dans toute l’Afrique de l’Ouest, à le rejoindre pour mener la guerre sainte contre les «mécréants». Une partie de la jeunesse peule l’a suivi, poussée par le sentiment de marginalisation, la pauvreté ou encore l’endoctrinement religieux.
Les états-Unis ont placé jeudi, sur leur liste terroriste Amadou Koufa, le prédicateur et son groupe actifs dans la région, au nom du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance terroriste du Sahel. Issu d’une famille pauvre de la région de Mopti, Amadou Koufa recrute en priorité au sein des Peuls. Depuis 2015, les affrontements se sont multipliés entre cette communauté d’éleveurs nomades et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs «groupes d’autodéfense». Selon le département d’état, le GSIM est responsable de la mort de plus de 500 civils en deux ans. L’alliance, créée en 2017, est responsable de la mort de plus de 500 civils depuis 2017. Parmi les attaques figure une action simultanée contre l’état-major général des armées du Burkina Faso et l’ambassade de France à Ouagadougou, en mars 2018 (8 morts et 85 blessés). La décision américaine intervient deux jours après l’annonce de la mort d’un des principaux responsables du GSIM, le Marocain Ali Maïchou. Considéré comme le numéro deux de l’alliance, il a été tué par les forces françaises au Mali, début octobre. Maïchou était «le deuxième terroriste le plus recherché au Sahel» après le chef du GSIM, Iyad ag Ghali. Selon un responsable de la diplomatie américaine, la progression d’Al-Qaïda et du groupe Etat islamique (EI), également actif dans la région, est un défi majeur dans la région. Au fil des mois, le poison terroriste a attisé les conflits intercommunautaires. Les tensions pour l’accès à la terre et aux pâturages entre éleveurs peuls et agriculteurs bambaras ou dogons se sont transformées en affrontements sanglants et le discours anti-Peuls s’est généralisé. Cette région touristique, autrefois paisible est devenue un no man’s land aux routes piégées d’engins explosifs, sillonné par des Casques bleus impuissants à enrayer les violences. Les villages brûlés succèdent désormais aux champs abandonnés. Le conflit s’aggrave de jour en jour, le nombre de déplacés fuyant les violences a quasiment quadruplé en l’espace d’un an dans la zone de Mopti, pour atteindre 70.000, selon l’ONU. Et il se propage à une vitesse alarmante dans les pays voisins. Au Burkina Faso, seule la capitale Ouagadougou semble encore sous le contrôle de l’armée, tandis qu’au Niger, les attaques terroristes se multiplient aux portes de Niamey.

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