{{ temperature }}° C / {{ description }}

Cité introuvable.

Leadership, gouvernance et développement en Algérie

Tout sur l'éthique et le management public

«Parmi tant de personnes qui ne sont pas vertueuses, l'homme qui veut agir vertueusement en vient nécessairement à l'amertume. Par conséquent, si un prince veut maintenir son règne, il doit apprendre à ne pas être vertueux.» Nicholas Machiavel

Par Kamel Garoui*

Le leadership efficace est surtout et avant tout lié à l'intégrité et la fiabilité des responsables à tous les niveaux, par les actes et non pas seulement par les mots. Selon que ces responsables adoptent les principes d'équité, de justice et d'honnêteté, leurs nations s'orientent soit vers la stabilité et la prospérité, soit vers la décadence et la fragmentation.

Notre jungle à nous!
Selon toute vraisemblance, en majorité nos hommes politiques et d'affaires ont, dans un passé récent, marché à la perfection sur les mots du grand philosophe politique florentin. Ils ont fait de notre chère Algérie une jungle ou face à la multitude qui vidait les caisses de l'Etat, l'honnête responsable était désavantagé, suspecté et menacé. Preuve en est que l'Algérie est aujourd'hui le théâtre de procès de corruption en cascade devant les tribunaux mettant en cause nombre de personnalités politiques et d'hommes d'affaires.
Que ceux qui se sont permis de vider les caisses de l'Etat, qui ont terni la réputation du pays à l'étranger, qui sont à l'origine de la terrible crise financière que traverse le pays actuellement, et qui - pis encore- ont détruit pour très longtemps la confiance du citoyen en leurs gouvernants payent aujourd'hui, ne peut être que salutaire, ne serait-ce que parce que les responsables actuellement en poste et futurs réfléchiront dorénavant à deux fois avant de toucher aux deniers publics. Mais attention l'application de la loi est, à elle seule, inefficace pour juguler sur le long terme le phénomène de la corruption dans notre pays. En dépit de leur nécessité comme composant de la gouvernance publique, les mécanismes de consentement légal ont prouvé leur inefficacité; il leur manque la force morale pour instaurer la confiance.
D'où la nécessité du consentement éthique. Les leviers propres aux mécanismes de consentement légal sont infiniment moins efficaces que des orientations fondées sur des valeurs et des aspirations éthiques.
L'éthique peut être définie comme étant «la promotion et l'adhésion à des principes acceptés comme étant vrais, et gouvernant une profession».
Comme notre climat politique et des affaires promeut les excès individuels, les responsables gagneraient à encadrer leurs actions par une philosophie éthique, qui les protège des pulsions de l'exploitation, du profit et de l'avancement aux dépens des autres.
En fait, agir moralement est à la longue dans l'intérêt et de la collectivité et del'individu.
Les vertus sont des traits de caractère qui rendent une personne heureuse, une compagnie productive et travaillant avec profit, une nation une grande nation. Il existe des vertus fondamentales qui sont essentielles à tout bon leader et à toute prise de décision. C'est ce qu'on appelle les vertus cardinales ou naturelles: la prudence, la justice, le courage, et la maîtrise de soi.

Quels rôles pour les vertus?
La prudence - appelée aussi sagesse, bon jugement, compétence ou raisonnement pratique: c'est l'habitude de reconnaître les bons objectifs et de choisir les moyens les plus efficaces pour les atteindre. La personne imprudente peut choisir les bons objectifs, mais ne choisit pas les bons moyens pour les atteindre.
La prudence est la plus importante des vertus cardinales, elle est indispensable à l'accomplissement des trois autres vertus.
La justice: c'est l'habitude d'accorder aux autres leurs dus, pour qu'ils puissent accomplir leurs devoirs et exercer leurs droits, dans le même temps on fait en sorte que les autres fassent de même. La justice nous empêche de porter des jugements ou préjugés précipités sur les autres. Trop d'injustices sont commises du fait de jugementsirresponsables, chaque personne et chaque institution ont droit à un bon nom ou à une bonne réputation.
La calomnie, la diffamation, le commérage constituent des injustices graves commises contre les personnes et les organisations.
Le courage: c'est l'habitude de modérer ses émotions de peur et d'audace en vue d'achever un objectif rational. C'est la faculté de faire face et de dépasser les situations difficiles. C'est aussi la faculté d'agir même quand on apeur. Dans le milieu d'affaires ou en entreprise, le courage peut être requis pour permettre à une personne de dépasser de manière consistante la peur pour, par exemple, défendre le droit des autres, redéployer ou licencier des employés incompétents, ou d'agir dans des projets opportuns en dépit des risques encourus.
La personne courageuse doit être différentiée et du peureux et de l'imprudent. La personne peureuse exagère les risques et les dangers. La personne imprudente est, au contraire, insensible aux risques et dangers. Etre courageuse ne signifie nullement que la personne ne revient jamais sur ses décisions ou devant le danger, ou qu'elle n'assume jamais un risque, mais plutôt que cette personne juge de manière consistante les situations. La personne courageuse est patiente face aux obstacles et aux situations difficiles.
La maîtrise de soi - appelée aussi tempérance ou discipline: c'est l'habitude de contrôler nos tendances à la paresse, à la colère, à la suffisance, aux retards, et au manque d'enthousiasme dans l'accomplissement de nos responsabilités. C'est la vertu permettant la modération des émotions désordonnés du plaisir. La maîtrise de soi dans le gouvernement, par exemple, permet de surmonter les pressions du favoritisme, de la frugalité, ou des dépenses extravagantes ou de luxe.
La prudence est vue comme la cause, la racine, la mère, la mesure, le précepte, le guide et le prototype de toutes les vertus. L'injustice, la peur, et l'immodération vont à l'encontre de la prudence. On ne peut pas être prudent si on n'a pas les autres vertus. Une personne peureuse ne peut pas être prudente. Aussi, si quelqu'un est imprudent, il ne peut prendre des décisions justes basées sur les vertus du courage ou de la justice. Il y a interdépendance entre les vertus cardinales.

C'est quoi un leader éthique?
Toutes les autres vertus sont reliées aux quatre vertus cardinales: la prudence - reliée à la compréhension, docilité, etc., la justice - reliée à l'ordre, la loyauté, etc., le courage - relié à la patience, persévérance, constance, etc., et la maîtrise de soi - reliée à la sobriété, abstinence, modestie, etc.
La plus grande responsabilité du responsable ou du chef est de créer une atmosphère de travail caractérisée par l'empathie et la confiance, favorisant le développement et l'épanouissement des personnes et où les gens sont traités avec respect et dignité. Il existe quatre principes permettant le développement d'un leadership éthique, à savoir:
-le respect des autres: les leaders éthiques traitent les autres avec dignité et respect. Ce respect se matérialise par le biais de l'empathie, l'écoute active, et la tolérance pour les points de vue différents des siens;
-servir les autres: les leaders éthiques éprouvent la satisfaction quand ils servent les autres. Le service pour les autres se matérialise par la construction d'équipes de travail, en devenant mentor, en rendant les autres puissants.
-la justice pour les autres: la justice fait partie intégrante des décisions des leaders éthiques. Ceci implique de traiter tous les subordonnés équitablement.
-l'honnêteté vis-à-vis des autres: l'honnêteté implique d'être ouvert avec les autres par l'expression de nos pensées et notre réalité. Ce qui sous-entend que les croyances, les pensées, les dires ou paroles et les actes sont consistants.
Toute la question est de savoir comment encourager les responsables à voir leurs activités professionnelles comme une mission avec ses fardeaux et non pas comme une carrière avec ses privilèges. En effet, nombre de nos responsables - pas tous heureusement - n'ont pas le sens de la responsabilité et du devoir, et ont tendance à penser en termes de: «Qu'est-ce-que ça m'apporte?» L'idée qu'on ne possède rien, que l'on consacre sa vie à son pays où à des principes leur est totalement étrangère. Au contraire, ils se concentrent sur le pouvoir, la richesse, les possessions, la position et la domination.
Les employés et citoyens apprennent sur les valeurs en regardant les responsables en action. Plus un chef «marche sur ses mots», en traduisant les valeurs en actions, plus il est cru et respecté par les autres. De plus, les managers publics doivent apprendre à faire et à tenir les promesses et les engagements - leur crédibilité et celle de l'Etat en dépendent.
Pour implémenter une culture éthique au sein de tout organisme il serait souhaitable de mettre en place trois choses: un haut responsable chargé des questions d'éthique, un comité d'éthique et enfin un code d'éthique. De plus, des programmes de formation en éthique au profit des responsables doivent être constamment organisés.
Terminons par un résumé des pratiques du responsable éthique versus celles du responsable non-éthique: est humble / est arrogant; concerné par l'intérêt général / promeut l'intérêt personnel; honnête et direct / porté sur la tromperie; respecte ses engagements / viole les accords; lutte pour l'équité / promeut l'iniquité et la partialité; prend ses responsabilités en cas de problèmes / blâme et sanctionne les autres pout tout problème; respecte les autres / diminue les autres; encourage et développe les au-tres / craint le développement des autres; sert les autres / refuse l'aide et le soutien aux autres; fait preuve de courage pour défendre ce qui est juste / manque de courage pour affronter les actes injustes; encourage la critique constructive, même déplaisante pour lui / aime qu'on lui dise ce que, lui, aime bien entendre; promeut la collaboration, la coopération et la cordialité / promeut le «diviser pour régner».

*Ancien cadre du ministère de la Défense nationale et de l'ex-ministère de la Prospective et des Statistiques. Actuellement consultant-formateur en management.

De Quoi j'me Mêle

Placeholder

Découvrez toutes les anciennes éditions de votre journal préféré

Les + Populaires

(*) Période 7 derniers jours