Accueil |Sports |

CHAÂBANE LOUNÈS, ANCIEN PRÉSIDENT DU MC ALGER,À L'EXPRESSION

"La Sonatrach n'a rien apporté au Mouloudia"

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

Après une insistance répétée, l'ancien président du Mouloudia d'Alger, Chaâbane Lounès, a accepté de sortir de sa réserve pour évoquer la situation alarmante dans laquelle se trouve le club, malgré les gros moyens financiers dont il dispose. Toujours à l'écoute de son club du coeur, Chaâbane Lounès a tiré la sonnette d'alarme, en lançant un appel solennel à la direction actuelle pour bien contrôler la gestion de l'équipe professionnelle, tout en se basant sur la formation des jeunes talents afin d'assurer la vraie relève de ce prestigieux et historique club.

L'Expression: Eliminé en Coupe arabe et en coupe d'Algérie, le MCA a bien déçu, jusque-là, ses fans qui espèrent une place honorable en championnat pour sauver la saison. Comment expliquez-vous cette situation?
Chaâbane Lounès: Je pense qu'en dépit du fait que la responsabilité des mauvais résultats est collective (joueurs, staffs, dirigeants et gestionnaires), il est important de signaler, comme vous le savez si bien, que les joueurs ont une très grande responsabilité. Ce sont eux qui ont la capacité des décisions relatives aux résultats, car ce sont eux qui font le travail pratique sur le terrain. Et comme ils sont grassement payés, j'estime qu'ils ne méritent pas les salaires et autres primes qu'ils perçoivent, dans leur majorité. On remarque que le MCA perd beaucoup d'argent avec des joueurs qui, par exemple, perçoivent leurs 300 millions de centimes de salaires sans pour autant avoir les résultats qu'on attend de leur part.

A ce propos, le directeur sportif, Kamel Kaci-Saïd est sévèrement critiqué, tout comme le staff technique. Quel commentaire faites-vous de cet état de fait?
Là, je précise que la première erreur de Kaci-Saïd est d'avoir limogé le coach Bernad Casoni. Avec ce dernier, on voyait très bien un fond de jeu pratiqué par les joueurs sur le terrain. Il fallait laisser cet entraîneur poursuivre son travail. La solution n'était pas de le limoger. La preuve, le MCA paie en quelque sorte le prix de cette instabilité sur le plan technique.

La pression est tellement forte que Kaci-Saïd a annoncé qu'il songe à démissionner. Qu'en pensez-vous?
Si Kaci-Saïd veut démissionner, ce n'est vraiment pas le moment. Au contraire, il faut qu'il commence à travailler dès aujourd'hui pour préparer la saison prochaine. Cette saison, il n'y a plus rien à espérer, sauf d'arracher une honorable place sur le podium en championnat. Vous allez voir que lorsqu'il restera 4 ou 5 journées de la fin de saison, ces joueurs, qui ne font pas les efforts qu'il faut pour réaliser de bons résultats, vont faire des merveilles. Mais pourquoi? C'est simple, ils montrent leurs véritables capacités afin de faire partie de l'équipe de la saison prochaine. Et ça c'est une véritable trahison!
De plus, je remarque qu'on protège les joueurs en les cachant du côté de Aïn Benian. Et là quand il n'y a pas le contact entre joueurs et supporters, on ne parle plus de Mouloudia avec son «peuple». C'est la raison pour laquelle je précise qu'il faut préparer dès maintenant la nouvelle saison.

Justement, on parle d'impliquer les anciens joueurs pour intégrer le conseil d'administration de la SSPA...
Là, vous me donnez l'occasion de faire remarquer qu'il n'y a pas que les joueurs des années 70 qu'il faut solliciter. Je rappelle que le Mouloudia d'Alger a été créé en 1921 et non en 1976. Il y a d'autres joueurs et surtout d'autres anciens dirigeants encore vivants qu'il faut solliciter pour aider le club. Des joueurs, je citerai entre autres, les Hedibel, Khazrouni, Kadri, Sebbar. Par la suite, beaucoup d'autres anciens dirigeants du MCA doivent être honorés et surtout sollicités car ils n'attendent que cette manière de reconnaissance. Cela va leur permettre d'aider leur club de toujours et ne pas se sentir oubliés ou délaissés.

De votre temps, il y avait un travail collectif qui se faisait pour bien manager le club. Chose que les jeunes générations ne savent pas...
De par l'expérience que j'ai en tant que premier gestionnaire du club après la réforme, soit durant les années 80, je dirai que c'est l'ensemble qui pourrait sortir le MCA de cette crise.
Je me souviens de notre première réunion au Mouflon d'or, on avait autour de la table du Mouloudia en tant que gestionnaires bénévoles et même en payant de nos poches, Braham Mouloud, Miloud Brahimi, Omar Ketrandji, Boualem Kaddache, Abdelkader Drif, Hassina, Balalame et bien d'autres. Il fallait bien les convaincre pour revenir travailler avec la Sonatrach du temps de Kamel Lemoui. Pourtant, à cette époque, il y avait Promosport et son budget spécial. Du temps de Zouieche, on voulait assurer un terrain pour les jeunes avec Bouhafs aussi, mais pas avec les autres P-DG de Sonatrach, tel qu'avec Youcef Yousfi qui, pourtant, est un enfant du MCA.
Et là, permettez-moi de dire que la Sonatrach n'a jamais fait quelque chose pour le MCA.

Comment ça?
Vous remarquez que le MCA ne possède ni son propre stade ni son camp d'entraînement et encore moins un centre de préparation, pour ne pas dire de formation, pour les jeunes. La preuve, avec le groupe d'anciens dirigeants durant les années 80, on avait sollicité le MJS d'alors, Sid-Ali Lebib, qui avait mis à notre disposition un terrain d'une ancienne moudjahida du côté de Kherrouba. Mais les responsables de la Sonatrach ont refusé de l'exploiter. Par la suite, on avait proposé un terrain à Douéra que le wali délégué nous a accordés, mais la Sonatrach a refusé encore.
Un autre à Baba Hacène et c'est toujours un refus de la part de Sonatrach. Tous ces terrains ont été refusés alors qu'on proposait d'en faire un complexe sportif dans le sens propre du terme. Puis, ce fut la proposition d'avoir le stade de Bologhine, et là encore, la Sonatrach a refusé la proposition avant que l'USM Alger n'en profite d'ailleurs jusqu'à présent. Si une de ces propositions avait été approuvée cela profiterait au MCA, aux clubs algériens et même à nos sélections nationales.

Mais aujourd'hui on parle d'un nouveau terrain...
Oui, mais ce terrain est en concession alors que nous avons proposé auparavant des terrains qui devraient être la propriété du Mouloudia. Or, les responsables de la Sonatrach ont toujours refusé d'investir dans ces différents projets proposés. Il est donc temps pour que l'actuel P-DG de la Sonatrach fasse quelque chose pour assurer la relève. C'est-à-dire penser aux jeunes talents.

Que proposez-vous dans cet ordre d'idées?
Si on avait fait du bon travail pour les jeunes on aurait eu des joueurs juniors et espoirs capables de renforcer l'équipe pour prendre la relève. Cela se faisait du temps de Abdelhamid Kermali, que Dieu ait son âme, ou encore du temps de Robert Nouzaret, où on voyait des jeunes joueurs lancés dans le bain très jeunes. On doit revenir à cette politique de bien penser aux jeunes que de chercher uniquement les résultats des seniors, grassement payés, sans retour d'investissement. Car, c'est de l'argent perdu et donc de la très mauvaise gestion. Il est temps pour que la Sonatrach contrôle parfaitement l'argent qui est dépensé au profit des joueurs, qui ne donnent pas les résultats escomptés.

Mais là, il faut des gestionnaires qui s'investissent. N'est-ce pas?
Oui, bien sûr. Il y a beaucoup d'anciens dirigeants qui n'attendent qu'un signe pour aider l'équipe, mais ils sont, hélas, marginalisés.
Tenez, par exemple, notre bureau de direction du MCA juste après la réforme, on avait 18 membres parmi lesquels je citerai, entre autres, Katrandji, Bouchouchi, Rachedi, Tafat, Maloufi et Tahmi. On avait au moins deux dirigeants en déplacement avec l'équipe du temps de Boumdal, Hassani et Bouchouika. Ce fut une véritable gestion collective de l'équipe. Et puis, les dirigeants arrivaient même à payer de leur poche sans contrepartie. Aujourd'hui, l'argent est dépensé par Sonatrach sans qu'il y ait de résultats en retour à la dimension de ce club populaire, portant bien les couleurs de l'Algérie.

Quelle serait donc votre conclusion?
J'espère de tout coeur que le Mouloudia d'Alger retrouve sa véritable dimension et grandeur. C'est ce que je peux, seulement dire.

Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha