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Mohamed Boudiaf et Hocine Ait Ahmed, ces exemples bien de chez nous

L'hommage unanime rendu par l'Algérie à l'un de ses meilleurs fils milite assurément pour cette option démocratique, balisée qu'elle est par le message sincère du président de la République à la famille du défunt...

Alors que nous sommes sur le point d'entamer un nouvel exercice, encore un me diriez-vous à l'instigation de l'inexorable horloge du destin, il était nécessaire de réfléchir à la série d'erreurs qui nous ont empêchés de prendre la mesure de ce qui se trame dans notre pays. D'autant que le travail d'ensemble auquel toutes les forces vives doivent prendre part a été sensiblement balisé par les approches objectives de ces nationalistes révolutionnaires de la trempe de Mohamed Boudiaf et de Hocine Ait Ahmed. De son corrosif Où va l'Algérie? à l'impressionnant La nature de classe de l'Etat algérien, le président assassiné n'a pas manqué d'attirer l'attention sur les dangers générés par des options politiques et économiques initiées le plus souvent par un bonapartisme piégé par son hégémonisme et son égocentrisme. De la même manière que le président du FFS n'avait de cesse d'interpeller sur l'absence d'un projet de transformation démocratique de la société. La première fois que j'ai lu El Jarida, organe d'information s'il en est du PRS, j'avais beaucoup apprécié la clarté, la précision, la hauteur de vue ainsi que l'honnêteté intellectuelle des protégés de Mohamed Boudiaf, fins connaisseurs de la réalité concrète telle que vécue par tout un peuple. Il ne pouvait en être autrement. C'est surtout pour ces raisons que le symbole du patriotisme algérien avait accepté, enfin, de revenir dans un pays en complète déliquescence. Grand seigneur, Boudiaf l'était, et il donnait sa confiance absolue. Il ne croyait pas en la mauvaise foi des gens dont la perfidie ne connaissait pas de limite. Son partisan depuis l'Union nationale des lycéens et collégiens algériens (Unlca), j'étais de ceux qui n'avaient pas apprécié son retour d'exil pour replâtrer un bonapartisme qui battait de l'aile. J'aurais voulu qu'il nous revienne en tant que patron du PRS. Il est revenu plaçant l'Algérie avant tout... Il était là à un moment où le peuple semblait avoir besoin de lui...Non, ce n'était pas de la naïveté. C'était de la grandeur d'âme. En le tirant de son exil volontaire, un certain 16 janvier 1992, les décideurs de l'époque en panne de légitimité, avaient misé sur les convictions démocratiques affichées ouvertement par l'homme, pour préserver l'Algérie du péril intégriste. Sa stature était, disait-on, la seule à pouvoir atténuer le choc de l'interruption du processus électoral et du départ du président Chadli Bendjedid. Par son long exil, soutiendront certains analystes, il était en effet un homme neuf, susceptible de sortir le pays de l'impasse. Alors qu'une certaine presse ne lui donnait aucune chance et poussait l'outrecuidance jusqu'à soutenir qu'il était un illustre inconnu parmi la jeunesse, il annoncera sans détour aux millions d'Algériens, dès ses premières interventions, sa revendication d'une Algérie démocratique et plurielle. Une Algérie qu'il voulait tournée vers la modernité et son engagement à lutter implacablement contre la corruption qui gangrenait l'Etat. En parallèle à ses convictions, le défunt président, fort de son expérience d'un demi-siècle de militantisme, soutiendront les mêmes analystes, était aussi capable d'arbitrages qui auraient engagé l'Algérie sur une tout autre voie que celle qui a engendré la mort et la désolation durant plus d'une décennie: «Malheureusement, on ne lui laissera jamais le temps de mettre cette option en pratique. Si Tayeb El Watani aura eu le mérite, dans une conjoncture ouverte sur toutes les inconnues, à redonner espoir à des millions d'Algériens. Il incarnera dès lors, le symbole de cette jeunesse désoeuvrée, à la fois convoitée par un courant intégriste rampant, et mise à mal par la dégradation de sa condition sociale.» La même grandeur d'âme a toujours caractérisé Hocine Ait Ahmed. Idéaliste et pragmatique, souligneront plusieurs sources, il sera l'infatigable stratège d'une démocratisation de son pays qu'il ne verra pas. Avec un credo: «Faire avec ce qui existe et changer la donne»; «Des décennies durant, le pouvoir et ses affidés - qui ne supportaient pas de le voir incarner un espoir pour tant d'Algériens - l'auront traîné dans la boue, dépensant une énergie ahurissante pour convaincre qu'il «ne représentait rien». Mais l'Histoire rattrape toujours son monde. Si elle finit toujours par enterrer les dictateurs, elle parvient inexorablement à ressusciter d'authentiques patriotes à l'image de Mohamed Boudiaf, Hocine Ait Ahmed ou Abane Ramdane. C'est, à juste titre, que l'historien Mohamed Harbi avait déclaré un jour que la production historique, idéologique et sociologique relative au Mouvement national est, à bien des égards, une anthologie de la falsification et de la dissimulation. Des pans entiers de l'histoire, souligne la même source, ont été effacés ou voués au silence alors que militants et mouvements politiques ne sont pas appréciés en fonction de la place qu'ils ont occupée, mais en fonction de ce qu'ils sont devenus: «Le remodelage du passé à l'image du présent devient alors chose courante.» Comment expliquer qu'on se soit autant trompés? Alors que la seule solution pour le pays est qu'un dialogue sans conditions s'établisse entre le régime et l'opposition, comme préconisé par Hocine Ait Ahmed. L'hommage unanime rendu par l'Algérie à l'un de ses meilleurs fils milite assurément pour cette option démocratique, balisée qu'elle est par le message sincère du président de la République à la famille du défunt...

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