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SOMMET DES NON-ALIGNÉS OU

Le décès annoncé d’un mouvement

<B>«Le neutralisme est immoral»</B><BR>Déclaration de John Foster Dulles, secrétaire d´Etat américain au plus fort de la guerre froide.

Le mouvement des Non-alignés (en anglais, Non-Aligned Movement) est une organisation internationale regroupant plus de 100 États (114 en 2006), qui se définissent comme des pays n´étant alignés avec, ou contre, aucune grande puissance mondiale. La Déclaration de Brioni du 19 juillet 1956, initiée par Gamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito et Jawaharlal Nehru, marque l´origine du mouvement, qui vise à se protéger de l´influence des États-Unis et de l´URSS qui cherchaient à polariser le monde en leur faveur. Le terme «Non-alignement» a été inventé par le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru lors d´un discours en 1954 à Colombo. Du temps de ses pères-fondateurs que furent les Nehru, Nasser, Tito et Sukarno, le non-alignement n´avait pas seulement pour rôle de constituer une «troisième voie», mais aussi de lutter contre les impérialismes très agressifs des Américains et des Soviétiques. Aujourd´hui, l´unipolarité, la mondialisation ainsi que hégémonisme de la superpuissance américaine sont ressenties comme des menaces et devraient obliger les Non-alignés à resserrer les rangs s´ils veulent vraiment influencer le cours des événements(1).
Le mouvement non aligné émergea au même moment que le concept de tiers-monde. Un tiers-monde devenu depuis quatre-cinquième-monde... Un quatre-cinquième-monde pas encore démocratique mais qui ne supporte plus l´arrogance du «Nord». «Tous les bad guys ou prétendus tels, c´est-à-dire les leaders, ou du moins les représentants des pays considérés comme» l´axe du mal «par l´administration Bush, sont là» écrit cette semaine l´agence Reuters(2).
Le but de l´organisation comme indiqué dans la «Déclaration de La Havane» de 1979 est d´assurer: «l´indépendance nationale, la souveraineté, l´intégrité territoriale et la sécurité des pays non alignés dans leur lutte contre l´impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, le sionisme, et toute forme d´agression étrangère, d´occupation, de domination, d´interférence ou d´hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques». Alors que l´organisation avait pour but d´être aussi solide et unie que l´OTAN ou le pacte de Varsovie, elle a dans les faits peu de cohésion, et plusieurs de ses membres ont été, à un moment ou à un autre, étroitement liés avec une des grandes puissances. Par exemple, Cuba était très proche de l´Union soviétique lors de la Guerre froide. L´Inde s´est aussi rapprochée de l´Union soviétique durant quelques années pour combattre la Chine. Le mouvement a également fait face à des dissensions internes quand l´URSS a envahi l´Afghanistan en 1979. D´un côté les États clients de l´URSS approuvaient l´invasion, et de l´autre, des membres (surtout les États musulmans) la condamnaient. Néanmoins, l´organisation tente de jouer un rôle. Elle a par exemple refusé de suivre au sein des instances du consensus de Washington (FMI, OMC et Banque Mondiale), une démarche qu´elle a estimée nuisible aux intérêts de ses membres(3).
Soupçonné d´être plus proche du bloc soviétique, Castro perd aux yeux du monde occidental la neutralité qu´il revendiquait. La crise éclate au grand jour lors de la quatrième conférence des Non-alignés, à Alger en 73. Khadafi, le président libyen, s´oppose au leader communiste cubain, Fidel Castro. Cependant, c´est à cette occasion que le président Boumedienne a posé, pour la première fois, le problème de la détérioration des termes de l´échange et a été l´un des premiers à militer pour un ordre économique international plus juste. Une réunion extraordinaire de l´ONU fut convoquée et le président Boumedienne fit, en avril 1974, au nom des pays non alignés qu´il présidait, un discours remarquable sur la nécessité d´un nouvel ordre économique plus juste. Le Mouvement (MNA), fondé il y a 45 ans, a été «virtuellement revitalisé» à Cuba, a estimé le chef de la diplomatie cubaine Felipe Perez Roque, avant la clôture de l´événement qui a rassemblé 56 chefs d´Etat et de gouvernement. En marge du sommet, un rapprochement est intervenu entre Inde et Pakistan, deux grandes puissances nucléaires, pour reprendre leurs pourparlers sur le Cachemire. Les dirigeants venus d´Afrique, d´Asie et d´Amérique latine ont insisté dans leurs discours pour que les Non-Alignés se dotent d´un poids international à la mesure de l´envergure de l´organisation. Le président iranien a proposé qu´ils aient un siège permanent au Conseil de sécurité(4).
Depuis les années 1990, le Mouvement se caractérise par une hostilité à sens unique envers les Etats-Unis. La tâche est difficile, car, si les dirigeants d´Afrique, d´Asie et d´Amérique latine sont prêts à dénoncer «l´hégémonie» américaine, ils ne sont pas tous disposés à rompre des lances avec Washington. Beaucoup mènent dans leur pays une politique économique libérale, tandis que pour d´autres le maintien au pouvoir dépend des subsides américains. Ils restent ainsi modérés dans leurs critiques. Un thème au moins les réunit: la réforme de l´ONU. Ils militent pour la «démocratisation» de l´organisation, pour l´augmentation des pouvoirs de l´Assemblée générale - où ils sont majoritaires - contre le Conseil de sécurité dominé par les grandes puissances, et pour l´élargissement de ce même Conseil. Les divergences réapparaissent toutefois quand il s´agit de savoir qui devrait en bénéficier. C´est une des raisons pour lesquelles la réforme de l´ONU, aussi nécessaire soit-elle, n´est pas pour demain(5).
Dans la déclaration finale, les dirigeants des pays non alignés réunis en sommet samedi 16 septembre, à La Havane, ont réclamé une «revitalisation» du mouvement tiers-mondiste pour rejeter un monde unipolaire, dominé par les Etats-Unis et leurs alliés. Contre les Américains pour qui -ne pas être avec eux c´est être contre eux- Le neutralisme refuse également l´engagement militaire permanent. L´Inde de Nehru favorisait d´ailleurs délibérément les dépenses civiles pour faire décoller l´économie de son pays(6).
S´il est une réforme urgente, c´est celle du Conseil de sécurité. Comment peut-on admettre que 61 ans après la Déclaration de San Fransico, les membres du Conseil de sécurité sont toujours les mêmes? ceux du club atomique très fermé et qui interdisent aux autres de posséder la Bombe. Le magister moral qu´ils exercaient avant a volé en éclats. De quel droit des pays comme l´Inde, le Brésil ne fassent pas partie, de quel droit 60% de la planète ne soient pas représentés? Pour le président équatorien Alfredo Palacio, «la réforme des Nations unies, du Conseil de sécurité peut trouver au sein des Non-alignés un levier formidable et fondamental». «Le sang versé et les génocides récents posent la question de l´efficacité du système des Nations unies, de l´absence de droits de l´homme et humanitaires qui convertissent la liberté et la démocratie en chimère», a-t-il lancé.
Kofi Annan après avoir avalisé toutes les injonctions imposées par les Etats-Unis, se découvre, sur la fin de son parcours, une âme de réformateur. Lui aussi demande la réformes des Nations unies: il critique la monopolisation du pouvoir par des 5 puissances au sein du Conseil de sécurité 16/09/2006: «La monopolisation du pouvoir par les 5 membres permanents du Conseil de sécurité affectera l´impartialité de cette instance», a confié le Secrétaire général de l´ONU, Kofi Annan au journaliste de l´IRIB. Prenant la parole, vendredi, devant le 14ème sommet des Non-alignés, à La Havane, il a précisé: «Les 5 membres permanents du Conseil de sécurité ne peuvent pas monopoliser, pour toujours, le pouvoir». «La monopolisation du pouvoir par les 5 puissances mettra en cause l´impartialité des Nations unies, suscitant par ailleurs, la réticence des autres pays envers cette instance, ce qui implique des réformes, au sein de l´ONU et de son Conseil de sécurité», a déclaré Kofi Annan.
En fait et dans ce début de troisième millénaire, quelle ressemblance y a -t-il entre les dragons de l´Asie du Sud-Est avec une croissance à deux chiffres et qui ne rêvent que d´un cybermonde où l´informatique et les multimédias gouvernent le monde et les pays africains qui croulent sous le fardeau de la dette, qui sont en voie de disparition et dont les deux tiers de 800 millions n´ont pas accès à l´electricité et à l´eau? La notion de non alignés est perçue naturellement différemment.
Pour Raul Castro, intervenant à l´ouverture du Sommet de La Havane: «Le Mouvement des Non-alignés doit maintenant mener des batailles courageuses contre l´unilatéralisme, les doubles normes et l´impunité accordée à ceux qui sont au pouvoir, pour un ordre international plus juste et équitable face au néolibéralisme». 32 ans après, les problèmes des pays en développement restent entiers et les promesses de l´ONU, du Millénium Round qui se propose d´éradiquer la pauvreté en 2015 sont restés des voeux pieux.
Au contraire la mondialisation, -laminoir achève de neutraliser les dernières défenses immunitaires des pays du Sud qui croulent sous la dette et qui sont tributaires des clubs de Paris et de Londres qui, par FMI et Banque mondiale, affament encore plus les plus vulnérables.
Le Mouvement des Non-alignés, est devenu, au fil des années, une coquille vide. C´est un héritage encombrant. Personne ne veut annoncer son avis de décès et fait comme s´il était en vie. Le Mouvement des Non-alignés a joué son rôle historique, il n´a pas su s´adapter à la nouvelle donne induite par la disparition de l´Union soviétique et surtout l´émergence de la mondialisation inhumaine. Du fait de son essoufflement, les sociétés civiles n´ayant pas vu leurs doléances prises en charge par les gouvernants, tentent de créer une autre parade contre la mondialisation et le nouveau gouvernement mondial dirigé par les multinationales avec l´OMC, le FMI, et la Banque mondiale, la police planétaire étant assurée par l´Otan, c´est-à-dire les Etats-Unis, principalement. Ainsi l´altermondialisation désigne un mouvement de la société civile qui conteste le modèle libéral de la mondialisation et revendique un mode de développement plus soucieux de l´homme et de l´environnement. C´est un mouvement social hétérogène revendiquant qu´un ensemble de valeurs humanistes prenne le pas sur ce qu´il analyse comme les «logiques économiques de la mondialisation néolibérale». On peut citer des prises de position et des revendications communes à de nombreuses organisations concernant: la justice économique, l´autonomie des peuples la protection de l´environnement, les droits humains fondamentaux, des revendications de démocratie selon les différentes orientations politiques. Ces thèmes se retrouvent dans des textes de diverses organisations du mouvement altermondialiste: manifestes ou rapports élaborés durant les forums sociaux mondiaux, dont le manifeste de Porto Alegre. Ils prônent un «imaginaire de la rupture», mais se rassemblent autour du slogan «Un autre monde est possible». Il consiste en: une contestation de l´organisation interne, du statut et des politiques des institutions mondiales telles que l´OMC, le FMI, l´OCDE, le G8 et la Banque mondiale et une recherche d´alternatives, globales et systémiques, à l´ordre international de la finance et du commerce. Les manifestations de Seattle en 1999 sont les premières manifestations médiatisées altermondialistes. Elles sont suivies par un premier Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos et que nous avons appelé le «Davos des pauvres»(7).
Ceci, dit même le mouvement altermondialiste n´arrive pas à freiner ou à tout le moins moraliser cette invention du diable qu´est la mondialisation. Plus que jamais, les pays du Sud, surtout les plus faibles, sont livrés à eux-mêmes. Ils se doivent d´inventer un autre dialogue et de ne pas regarder uniquement vers le Nord. Les pays du Sud qui auraient pu constituer des «locomotives» comme l´Inde, la Chine, voire le Brésil qui ne fait pas partie du Mouvement des Non-alignés ne coopèrent pas avec les pays du Sud tout occupés à sauter dans un nouveau moule: «les pays émergents» et avoir une légitimité décidée par les pays riches du G7, en leur créant un espace approprié: le G20. C´est dire, qu´en définitive, il n´y a plus de morale. La dynamique post-décolonisation des trois fondateurs charismatiques Nehru, Tito, Nasser et plus tard Boumedienne ne trouve plus preneur. C´est le sauve-qui-peut.
En dehors des embrassades pathétiques, de l´incantation des slogans tels que «Venceremos» ou «No passaran», ou «Pueblos hermanos», toute une prose soixanthuitarde, chargés d´une symbolique d´un autre âge, les chefs d´Etat se sont quittés comme ils étaient venus, sans décision opérationnelle si ce n´est des voeux pieux et des promesses en des lendemains meilleurs qui n´engagent, comme dirait le président Chirac, que ceux qui y croient..

1.http://fr.allafrica.com/stories/200609180083.html
2.Nicolas Voisin: http://lemondecitoyen.com/2006/09/16/mouvement-des-non-alignes/
3.http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_Non-align%C3%A9s
4.Françoise Kadri: Fin du sommet des Non-alignés à Cuba: rejet d´un monde dominé par les Etats-Unis: Courrier international. 17/09/2006
5.Edito du Monde Non-aligné. Le Monde 16.09.06
6.Laurence Buelens: L´impossible
unité politique des Non-alignés http://www.ihecs.be/focus/ alternatives/non-align%E9s.htm
7.C.E. Chitour: Pôrto-Alegre: le Davos des pauvres. L´Expression février 2005.

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