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Légitimité (s)

En démocratie, la seule source de légitimité est celle des urnes, ce que rappelait implicitement le président Bouteflika lorsqu´il déclara devant le congrès de l´ONM que la légitimité historique est terminée. Or, cette question semblait avoir été tranchée par l´article 40 de la Constitution de 1989 qui instaura le multipartisme. Ce que Abdelhamid Mehri, ancien membre du mouvement national, et ex-secrétaire général du FLN, s´est fait, non sans pertinence, un devoir de relever. En réalité, par le fait de l´existence dorénavant d´autres pôles politiques, le parti révolutionnaire (le FLN) n´est plus l´unique vecteur et acteur du champ politique national et n´a plus le monopole de la décision politique induisant un changement qualitatif de la donne politique. Cela remet en fait en cause le concept de la «légitimité révolutionnaire» laquelle, durant quatre décennies, avait servi de tremplin à l´accès au pouvoir. Dans le sillage de cette «légitimité» est née la «famille révolutionnaire» qui a accaparé les clés du pouvoir, faussant ainsi les règles du jeu politique et rendant problématique la lisibilité et la visibilité d´une scène politique phagocytée par les oukases de dinosaures qui ont rendu sans effet l´ouverture politique initiée par la loi fondamentale de 1989. Ainsi, sur le terrain, la légitimité institutionnelle - celle des urnes notamment - n´a jamais pu s´exprimer correctement ni permis l´émergence d´une classe politique représentative de la diversité politique nationale. Aussi, dire aujourd´hui la fin de la légitimité révolutionnaire sans, dans le même temps, décréter illicite l´utilisation de la Révolution à des fins politiciennes et à la satisfaction d´ambitions politiques personnelles laissera les choses en l´état, donnant aux «héritiers» de la Révolution d´avoir encore de beaux jours devant eux. Or, la «légitimité révolutionnaire» subsistera tant que n´aura pas été résolu le cas que pose le statut ambigu du FLN source de cette «légitimité» et point de ralliement des néo-révolutionnaires. Pour s´en convaincre il n´y a qu´à se référer à la bataille acharnée que se livrent depuis deux ans diverses tendances «frontistes», plus révolutionnaires les unes que les autres, pour le contrôle du vieux parti.
Pourtant la célébration du cinquantenaire de la Révolution et le 10e congrès de l´Organisation nationale des moudjahidine offraient l´opportunité de poser de manière responsable la difficulté que pose le FLN, voire remettre entre les mains des vieux moudjahids, le sigle glorieux cher aux Algériens, appartenant à la communauté nationale dans son ensemble, mais devenu marchepied pour le pouvoir depuis l´indépendance. En affirmant l´achèvement du cycle de la légitimité révolutionnaire - qui de toutes les manières est devenue caduque du fait du multipartisme et de la pluralité politique - sans faire accompagner ce constat de la décision attendue de soustraire le FLN à la manipulation politicienne, M.Bouteflika a ajourné à d´autres temps (meilleurs?) la nécessaire clarification du champ politique national laquelle ne peut se faire sans la résolution du statut du parti de la Libération.
En réalité, la situation politique demeurera bloquée et l´émergence de nouveaux pôles politiques illusoire tant que ne sera pas déterminée, dans un sens ou un autre, la question devenue aujourd´hui primordiale du statut du FLN. En d´autres termes, tant que le FLN continuera à servir de couverture politique, on ne fait que reculer le moment où doit être tranchée cette question qui, en fait, ne s´est pas posée uniquement à l´Algérie. A un moment ou à un autre de leur histoire, certains pays ont été confrontés au dilemme de la pérennité des mouvements politiques ayant mené les luttes pour la libération ou pour le changement et qui ont dû, pour le bon fonctionnement de leur institution, résoudre cette difficulté. Souvent, pour échapper à la manipulation politicienne, ces mouvements d´avant-garde se sont autodissous ouvrant la voie à des partis capables de prendre la relève et continuer la lutte par d´autres voies et moyens. Cela a été vrai pour la révolution bolchevique en Russie en 1917, la Révolution française de 1789 ou encore l´insurrection des colons américains contre la Grande-Bretagne en 1775, pour ne citer que les mouvements populaires ayant été à la source des bouleversements politiques et historiques qui ont touché ces pays marquant de leur sceau leur siècle et l´histoire. Aussi, l´immortalité de ces mouvements de libération et de ses acteurs est celle que leur accorde l´histoire, une fois leur oeuvre accomplie. Or, tant que ces derniers demeurent actifs, l´histoire ne peut les prendre en charge et les actions des partisans resteront ignorées mettant ainsi l´écriture de l´histoire de la révolution en stand-by, avec comme conséquence la suspension d´écriture de l´histoire de la Révolution de 1954, ce qui est le cas en fait. Cela pour dire que le FLN - dont les enjeux politiques autour de son contrôle témoignent du sérieux de la situation - constitue aujourd´hui l´obstacle qui entrave l´émergence d´un véritable espace politique libéré des contraintes de la surenchère et paralyse la mise en oeuvre de l´Etat de droit, l´instauration des libertés plurielles et la démocratie. Cinquante ans après la Révolution, quarante-deux ans après l´indépendance, il est honnête de se poser la question de la place du FLN dans le champ politique national. De fait, tant que l´on persiste à vouloir faire jouer un rôle politique au FLN - dont la mission s´est achevée le 3 juillet 1962 - demeurera l´interrogation de savoir de quelle (s) légitimité (s) il est question en Algérie.

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