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24ème Salon international du livre d'Alger : Olivier Le Cour Grandmaison politologue français

«Je salue le combat des Algériens et le soutiens!»

Grandmaison est un politologue français, spécialiste des questions de citoyenneté sous la Révolution française et des questions qui ont trait à l’histoire coloniale. Il est maître de conférences en sciences politiques à l’université d’Evry-Val d’Essonne et enseigne au Collège international de philosophie. Présent au Sila pour évoquer la fin de la Première Guerre mondiale et son impact sur la guerre d’Algérie et le début des revendications pour les libertés démocratiques, nous en avons profité pour lui poser quelques questions...

L’Expression : Aujourd’hui vous animez une table ronde autour de la célébration du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, en 1919 sur la participation algérienne. Pourquoi le choix de cette thématique et cette période ?
Olivier Le Cour Grandmaison : L’année 1919 est très importante du point de vue de la multiplication des revendications démocratiques par ceux qu’on appelait à l’époque les indigènes algériens pour des raisons à la fois de contexte international et de contexte national. Le contexte international est évidemment lié aux conséquences de la Première Guerre mondiale, à quoi il faut ajouter, un événement majeur à l’époque, qui était la victoire des bolcheviques et leur arrivée au pouvoir en octobre 1917. Le contexte national est perçu comme un affaiblissement significatif du prestige de l’Europe en général et de la France en particulier , à quoi s’ajoute le fait que la puissance coloniale française comme d’autres puissances coloniales ont fait appel à un nombre très important d’indigènes pas seulement algériens, mais de l’ensemble de son empire pour se battre au cours de cette Première Guerre mondiale, par quoi ces indigènes, pour reprendre l’expression de l’époque, ont payé un très lourd tribu et un très lourd impôt du sang. C’est l’ensemble de ces éléments qui va favoriser la multiplication des revendications démocratiques qui vont être portées entre autres par le petit-fils de l’Emir Abdelkader, l’Emir Khaled, qui fonde en 1919 un mouvement qui s’appelle l’Ikdam et qui, par la suite, va exiger que l’ensemble des droits et libertés démocratiques qui jusqu’à présent ont été refusés aux indigènes -car ils ne sont pas citoyens français- leur soient accordés. C’est perçu par la puissance coloniale française et par les autorités en métropole comme des revendications exorbitantes, très dangereuses parce qu’elles craignent qu’en faisant droit à ces revendications, elles nourrissent au fond les mouvements nationalistes et indépendantistes et effectivement cela va contribuer à faire en sorte que quelques années plus tard ce type de revendications va surgir.

Ces indigènes dont vous parlez ont été reconnus très tardivement d’où cet intérêt d’en parler je suppose, notamment les Algériens dont la France a fini par leur attribuer un statut bien plus tard…
C’est beaucoup plus tard en effet. C’est après 1945 puisqu’il faut attendre les lendemains de la Seconde Guerre mondiale cette fois-ci pour que les indigènes cessent d’être des sujets français et deviennent dans la langue employée par les officiels sous la quatrième et la cinquième République des français musulmans d’Algérie, qui ont droit en tout cas et jouissent désormais de l’ensemble des
droits et libertés démocratiques qui n’étaient depuis longtemps, évidemment, accordés qu’aux autres citoyens français précisément.

Et puis il y a cette loi du 22 février 2005...
Elle a été effectivement votée par une majorité de droite. Elle établit une interprétation officielle et apologétique du passé colonial français en général et du passé colonial en Algérie en particulier. A rappeler d’ailleurs que cette loi est toujours en vigueur en dépit des changements de majorité qu’ils ont eus depuis.

Nous sommes le premier novembre qu’est-ce que cela vous inspire ? Au regard de la décolonisation, de l’indépendance de l’Algérie alors que vous êtes ici aujourd’hui pour évoquer notre passé commun…
Je rappelle que le premier novembre 1954 est en partie lié au constat fait par celles et ceux qui militaient pour l’indépendance de l’Algérie, qu’après 1945 et en dépit des réformes précitées, en raison notamment des terribles massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, la conviction qu’au fond il n’y aura pas de solution politique permettant à l’Algérie de devenir indépendante et que, mais aussi au comportement réitéré de la puissance coloniale et des différents gouvernements français, la seule solution était au final, de prendre les armes pour arracher cette indépendance à la France.

David Diop, écrivain sénégalais, a déclaré que pour répondre à la haine qui est distillée par certains journalistes en France et, notamment Eric Zemmour, il faut revenir à la parole des écrivains, seuls légitimes, pour parler du passé de la France eu égard à la participation des indigènes, les tirailleurs notamment durant la Première Guerre mondiale.
Le problème en France est moins un problème de connaissance à la fois historique et politique que juridique sur le passé colonial de la France en général et le passé colonial de la France en Algérie en particulier parce que les choses sont globalement désormais bien connues et établies. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer les recherches, bien au contraire. Mais l’essentiel est acquis. Le problème vient principalement des autorités françaises, de l’Etat qui se refuse jusqu’à présent à reconnaître les responsabilités de la France au cours de son passé colonial , à reconnaître qu’ont été commis et des crimes de guerre et des crimes contre l’ humanité , à quoi s’ajoute, et c’est en partie lié à ce premier point désormais qui figure chez un certain nombre d’éditorialistes et de philosophes, outre le personnel politique d’une certaine droite. Il s’agit d’ une volonté tout à fait affichée de réhabiliter ce passé colonial français. C’est la raison pour laquelle- et j’en suis- nous sommes un certain nombre à exiger que la France reconnaisse enfin ce qui a été perpétré et, notamment en Algérie et rappeler que sur ce point, comparativement à d’autres pays, je pense à la Grande-Bretagne, à l’Allemagne, éventuellement aux Pays-Bas ou à des pays, même si les choses sont différentes, comme la nouvelle-Zélande et l’Australie, la France est comparativement à ces pays donc, très en retard en matière de reconnaissance des crimes coloniaux.

Nous sommes un vendredi. 37ème jour du Hirak. Comment voyez-vous cette Algérie aujourd’hui qui est en rupture avec l’ancien système ?
Je ne peux que saluer toutes celles et ceux qui, avec beaucoup de courage, en bravant à la fois les autorités policières et l’Etat, descendent donc très régulièrement dans la rue pour exiger des droits et des libertés démocratiques ainsi que des élections libres ,mais aussi demandent la libération des prisonniers politiques. Je salue ce combat pour les libertés démocratiques et le soutiens.

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