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Idir, la nostalgie enchanteresse

Un artiste majeur raconté par Abdelkrim Tazaroute

Le livre, que l’écrivain, journaliste et homme de culture, Abdelkrim Tazaroute, consacre au célèbre artiste Idir, vient enfin de parâtre aux éditions El Kobia.

Très attendu depuis des mois, le livre d'Abdelkrim Tazaroute est préfacé par Said Kaced, l'un des plus anciens journalistes algériens, également co-auteur avec le regretté Amer Ouali d'un livre sur le même Idir.
Le seul premier paragraphe de la préface de Said Kaced convaincra le lecteur à ne pas lâcher le livre d'Abdelkrim Tazaroute jusqu'à l'ultime ligne: «Le seul luxe ici est la simplicité brute du verbe et du soleil d'Alger, si bas, si réconfortant.
Le plaisir de lire les mots de Tazaroute rendant hommage à Idir, cet artiste majeur, est bien réel, quand la douleur de sa disparition semble s'apaiser enfin...». Où réside donc l'originalité de cette oeuvre d'Abdelkrim Tazaroute, dédié à l'un des artistes algériens qui a le plus marqué les esprits et plusieurs générations? On trouve des bribes de réponses dans la même préface: «La volupté se retrouve dans cette façon bienveillante d'évoquer le parcours d'une icône de la chanson algérienne. Ce n'est pas un livre de plus sur Hamid Cheriet, mais un ouvrage à ranger soigneusement, après une lecture gourmande, au rayon des contributions majeures sur la vie et l'oeuvre du chanteur qui aura le plus fait connaître le pays dans le vaste monde».
Raconter Idir c'est
se raconter aussi
Le préfacier met en avant les compétences avérées de l'écrivain Abdelkrim Tazaroute notamment les nuances que sait mettre ce dernier dans ses écrits.
Abdelkrim Tazaroute est d'abord et avant tout un excellent mélomane et un fin connaisseur de la musique. Et au préfacier d'ajouter que le regard de Abdelkrim Tazaroute a inévitablement repéré les entrelacs de la poésie d'Idir comme les motifs cubistes des maisons et des terrasses, entassées dans la Casbah, si chère au coeur de l'auteur. Said Kaced révèle que ce livre est une furieuse ouverture sur le large et un doux appel à la rêverie. «Qu'est-ce qui nous travaille dans le temps de l'enfance? Lancinante question lorsque Tazaroute ressort Essendou ou Vava Inouva. La rêverie, l'immobilité divagante ne sont-elles pas les prémices de l'inventivité? Idir a porté si haut, si loin, la langue de sa mère; la langue de nos mères. Nous revoyons en nous-mêmes, au gré de l'ouvrage de Tazaroute, le travail invisible qui nous fait humains: l'aspiration au rêve, le désir de l'inouï...», lit-on encore dans la préface. Raconter Idir c'est se raconter aussi, aller au plus intime, qui est le plus universel.
Dans leur pure complexité émotionnelle, les mots adviennent comme des onguents réparateurs. Idir est mort, mais nous sommes nombreux à le célébrer, en toutes saisons, est-il encore souligné. Abdelkrim Tazaroute fait appel à une citation de l'immense Mouloud Mammeri où ce dernier s'adressait à Hamid (le vrai prénom de Idir): «Tu sais Hamid, je ne pensais pas vivre avant de voir que la lumière de notre culture pouvait être si magnifiquement restituée et si bien interprétée. Tu lui as redonnée la place qui lui revient de droit et là-haut au ciel je sens que nos ancêtres jettent sur toi des bénédictions sous forme de poussières d'étoiles».
Dans le premier chapitre intitulé «Le label Idir», Abdelkraim Tazaroute rappelle que Idir a une aura exceptionnelle, unique qui l'a accompagné durant toute sa carrière «Elle s'identifie comme une étoile, C'est une bonne étoile qui le protège et le guide sur les chemins sinueux et abruptes de la chanson, lui évitant surtout d'emprunter ceux des éreintants du show-biz. Il n'était pas fait pour cette sphère où l'apparat et le mondain font office d'antichambre qui même vers les sommets de la gloire. Idir est béni par la grâce qui lui donne le pouvoir de transformer, tout ce qu'il touche, en or». En lisant ce livre, on constate avec étonnement à quel point Abdelkrim Tazaroute maîtrise tous les aspects de la personnalité artistique de Idir. Bien sûr l'auteur revient sur les débuts de Idir à une époque toute particulière marquée par une révolution des idées qui bouleversait le monde. Une période où les jeunes voulaient mettre un terme à la vie que leur imposaient leurs parents: «Comme les jeunes du monde, Idir s'est mis en jean et a laissé pousser ses cheveux. Il délaissera un moment sa flûte et se met à gratter la guitare, histoire de s'exprimer comme l'avaient fait les Joan Baez, Bob Dylan et Simon and Garfunkel, Georges Brassens, Jacques Brel et Georges Moustaki». L'oeuvre de Idir, c'est de l'art à l'état artisanal, un art pur qui ne sera pas le produit d'une industrie musicale, explique l'écrivain pour qui la sphère de Idir est constituée sans imprésario et dans toute la logistique qui sied à ce monde musical, très visuel, et sans un directeur artistique souvent collé aux basques et parfois aux petits soins. Idir se présentait sur scène avec la même tenue qu'il mettrait au sortir de chez lui pour rendre visite à un membre de sa famille ou à un ami, simplement et humblement, explique Abdelkrim Tazaroute. Comme on peut le constater à travers ces extraits, ce dernier brasse toutes les facettes du regretté et immense Idir. Et c'est sur ce même rythme que se poursuit cet ouvrage très intéressant. Tout, absolument tout est passé au peigne fin, décortiqué et savamment analysé.
De la musique au militantisme
Quand Abdelkrim Tazaroute parle de la musique de Idir, il écrit que cette dernière et ses chansons sont davantage une réponse à un ressenti, voire à un besoin de s'exprimer et de le confier aux autres sans aucune autre ambition que de partager un moment, une peine, un rêve, une fête, des joies mais aussi des amertumes, des cicatrices, la vie en définitif.
L'audience internationale de Idir est également mise en valeur dans ce livre. Abdelkrim Tazaroute en parle en fournissant le maximum de détails et de lectures: «Il faut avouer qu'Idir a connu une audience plus large et plus internationale du fait que le chanteur avait aussi associé à sa maîtrise de son art musical, un engagement sans pareil et sans faille pour la promotion de la culture berbère.
Il lui faut aussi reconnaître sa faculté à exprimer et à expliquer son militantisme, définissant avec simplicité ce qu'il y avait lieu de faire et de placer ses tranchantes positions politiques au-dessus de ses intérêts personnelles».
Le livre de Abdelkrim Tazaroute est tellement bien écrit que très souvent, il se lit comme un beau et passionnant roman.
Le combat identitaire mené par Idir et ses prises de position politique sont aussi bien rapportés et analysés par l'auteur. Ã la fin de l'ouvrage, le lecteur est très agréablement surpris de découvrir de parfaites traductions en français de plusieurs textes chantés par Idir comme La révolution, A Vava Inouva, Je me rappelle, Le boeuf, J'ai contemplé et Ma soeur.
Le livre d'Abdelkrim Tazaroute se décline en six chapitres: Le label Idir, Une succession de hasards et au bout la gloire, Entre village et ville, Le triomphe à la coupole, Les hommages du coeur et OEuvres traduites.
Etre fan de Idir et ne pas s'empresser à lire le livre que lui consacre Abdelkrim Tazaroute est une erreur à ne pas commettre.

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