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Dans sa première sortie médiatique, Amar Takdjout, SG de l’UGTA, à l’Expression

«L’ugta est une force de proposition»

À la tête de l'UGTA depuis juillet dernier, Amar Takdjout n'a pas la tâche facile. Il a hérité de la lourde responsabilité de diriger la Centrale syndicale dans un contexte difficile pour le monde du travail. Il a hérité aussi d'une organisation traversée par divers problèmes. En interne comme avec ses partenaires, la vie de l'UGTA n'a jamais été un fleuve tranquille. Plus de place à l'indifférence quand il s'agit de cette organisation fondée pendant la guerre de libération et qui compte, aujourd'hui, des millions d'affiliés. La complexité de la mission ne semble pas cependant impressionner Amar Takdjout. Devant son bureau au siège de l'UGTA où il nous a donné rendez-vous pour cette interview, les sollicitations ne manquent pas. Son entregent lui permet cependant d'avoir une réponse à toutes les demandes. Même à partir de son bureau, il veille à ne pas décevoir ceux qui frappent à sa porte ou ceux qui le joignent sur son téléphone. «Les portes de son bureau sont ouvertes à tous le monde, à la seule condition que cela se passe dans le respect», ont affirmé des syndicalistes croisés à l'entrée de la bâtisse. C'est que le SG de l'UGTA présente un profil différent de celui de ses récents prédécesseurs en privilégiant la proximité avec les travailleurs. Et en se montrant prêt à travailler en intelligence avec les pouvoirs publics pour de nouveaux acquis pour les travailleurs. Des acquis qui s'ajouteront, nous dit M. Takdjout, à ceux déjà décidés ces dernières années par le chef de l'État au profit des fonctionnaires...

L'Expression: Vous avez été plébiscité SG de l'UGTA juillet dernier pour un mandat de 5 ans. Où en êtes- vous avec les priorités que vous avez définies dès votre installation?
Amar Takdjout: Nous sommes en effet dans la restructuration et le renouvellement des différentes structures. C'est un programme parce que l'UGTA a pris énormément de retard dans le renouvellement de ses structures de base. C'est aussi le cas des structures à caractère national. Donc, il y a un cumul de structures dont les mandats ont expiré. Et aujourd'hui, il y a lieu de remettre la légitimité de ces structures en place. Beaucoup de problèmes qui ont été engendrés par cette question de retard dans le renouvellement des structures. Dans la logique syndicale quand on perd son mandat, on perd un peu de crédit, les rapports avec les administrations changent, les problèmes s'accumulent dans les entreprises et dans l'ensemble des secteurs d'activité. Donc, on a énormément de problèmes et on s'est dit que la priorité des priorités est le renouvellement des structures devenu indispensable.

Mais parallèlement, il y avait d'autres priorités dès l'entame de votre mandat...
Les autres priorités, ce sont les problèmes à caractère socioprofessionnel, mais qui ont toujours un rapport avec la question de la restructuration et de réorganisation.
Autrement dit, s'il y a eu des problèmes socioprofessionnels, c'est à cause du retard dans la restructuration.
C'est-à-dire que ce retard a empêché un traitement à temps les problèmes qui se posaient. Par ailleurs, ce retard a fait que les rapports ne sont plus au niveau qu'auparavant, c'est -à -dire quand le mandat était en cours. Nous sommes aussi en train de régler d'autres problèmes. C'est bien dommage que nous soyons amenés à gérer tout cela au lieu de consacrer ce temps et cette énergie à la réflexion. On aurait pu consacrer ce temps à des choses plus importantes pour le monde du travail. Il faut souligner que des entreprises vivent de gros problèmes. Il y a celles qui ne paient pas les salaires à temps.
D'autres ont des soucis financiers. Heureusement qu'il y en a d'autres qui sont en avance et qui payent mieux. Ce n'est pas à donnes égales dans le secteur économique. Chaque secteur a ses propres spécificités. C'est aussi valable pour les entreprises.

Avez-vous agi sur les difficultés financières de ces entreprises pour protéger les travailleurs?
On n'agit pas de façon directe même si on essaie d'apporter notre contribution sur la base de notre compréhension du monde de l'entreprise. C'est au gouvernement de chercher les solutions aux problèmes des entreprises. Nous n' allons pas nous substituer aux responsables en place. Cependant, quand nous sommes conscients des problèmes, nous proposons au gouvernement les solutions idoines pour le secteur économique. Une vérité: nous subissons les conséquences de cet équilibre dans le secteur économique. L'exemple le plus récurrent, c'est quand le salarié n'est pas payé à temps, il vient directement frapper à la porte de l'UGTA. Quand il y a un retard dans le versement de son salaire, le travailleurs frappe à la porte de la Centrale syndicale. Les entreprises ont leurs problèmes et les travailleurs sont en droit de réclamer leurs salaires. La situation, nous la connaissons et nous l'avons toujours comprise. Nous apportons notre modeste contribution dans ce genre de situation, mais c'est au gouvernement d'apporter les solutions. Les responsabilités sont bien définies.

Par ailleurs, vous avez lancé des messages pour un rassemblement de la famille de l'UGTA. Doit-on comprendre par là qu'il y avait des dissidences et des mécontentements?
Un mouvement social reste en effervescence. Je n'ai pas connu l'UGTA dans le calme plat. Une organisation est en agitation et en action. Souvent, il y a eu des discussions, des incompréhensions et des désaccords sur la méthode beaucoup plus. Mais dans la vie des organisations, c'est la question de la méthode qui revient. Le fait qu'il y ait toujours de la réaction est un signe de bonne santé. Ce que nous ne souhaitons pas, c'est plutôt l'égarement. Il ne faut pas que les gens s'égarent. Qu'ils s'agitent, oui. Qu'ils se posent des questions, oui. qu'on exprime des désaccords, c'est normal. Ceci est un signe de bonne santé. Il faudrait d'ailleurs multiplier les débats et les échanges entre syndicalistes. Mais il ne faut pas oublier que la force de l'action c'est l'argumentaire présenté. Le syndicat est un espace de militantisme, ce n'est pas un espace pour des comportements qui n'honorent pas la vocation d'un syndicaliste. Ce qui est sûr, c'est qu'une revendication qui met en avant un bien- être individuel ou collectif doit trouver un écho favorable. S'il s'agit d'une revendication salariale, à charge aussi pour le syndicat de comprendre la situation de l'entreprise. C'est -à- dire savoir si l'entreprise est à même de répondre aux revendications formulées.
Aujourd'hui, l'entreprise économique est un espace de création de richesse. Et à travers la richesse, on fait de la répartition. C'est -à- dire qu'il est aussi demandé aux syndicalistes de comprendre leur entreprise. Si elle crée de la richesse, ils sont en droit de revendiquer. Il faudrait qu'il y ait le partage de la richesse. Mais, si on n'a pas produit de la richesse, toute revendication exprimée créera de l'incompréhension. Dans cette configuration, on ne peut pas scier la branche sur laquelle on est assis! C'est évident. Et on ne peut pas pousser la plaisanterie et réclamer l'irréalisable. De mon point de vue, il y a des choses à faire. Les entreprises en souffrance, il faut les traiter. Pour les entreprises déstructurées, il faut un traitement de choc. Et si des entreprises sont en difficultés, celles qui engendrent un chômage partiel, à cause d'un environnement qui n'est pas favorable, il faut les accompagner. Et il y a des mécanismes et des outils pour cet accompagnement. L'outil dans ce registre, c'est la Caisse nationale de chômage qui est une contribution des travailleur et des entreprises. Cette caisse est alimentée par les entreprises et les travailleurs. Cette caisse doit accompagner les entreprises qui sont dans des difficultés partielles. On ne peut pas charger l'entreprise plus qu'elle en peut et plus qu'il en faut. Qu'elle soit publique ou privée. Mon principe, c'est de défendre l'entreprise économique. Et Dieu sait, qu'en égard des problèmes de matières premières, à ceux des banques, elles vivent des situations de déséquilibre. Je connais des entreprises qui n'ont un plan de charge que pour quelques heures de travail par jour. Pourquoi contraindre des entreprises à des prêts bancaires pour payer des heures qui n'ont pas été travaillées au nom de la paix sociale? Or, nous avons un mécanisme et un outil qui ont été conçus pour cette finalité. Donc il y a des choses à faire évoluer dans notre esprit et dans notre démarche. Je ne dirais pas que j'ai une proposition surfaite, mais qu'on pose ce problème sur la table! Le sujet doit être discuté. Quel rôle pour cette caisse? Et quelle solution pour l'entreprise en difficulté et comment rééquilibrer les choses? On ne peut pas compter,,sur un salarié quand l'entreprise ne peut pas lui garantir son salaire à la fin du mois. La caisse doit jouer ce rôle qui lui est dévolu par la loi.

Avez-vous justement une idée sur l'ampleur des difficultés que vivent les entreprises?
Je n'ai pas de statistiques, mais je sais que beaucoup d'entreprises éprouvent des difficultés. Elles se battent à leur manière. Ce sont des entreprises qui contractent des crédits bancaires supplémentaires pour couvrir les insuffisances et les problèmes de leurs activités partielles.

Vous avez mis en avant la revendication portant sur la préservation du pouvoir d'achat des travailleurs. Quelle lecture faites-vous justement de l'action des pouvoirs publics dans ce registre?
Les pouvoirs publics ont pris des décisions assez importantes vis- à- vis de l'entreprise en matière de fiscalité et d'aides. De nombreuses mesures ont été décidées dans ce sens, notamment en ce qui concerne la fiscalité, l'impôt...Il y a autant de décisions allant dans le sens d'aider l'entreprise. Il y a aussi des décisions pour aider les fonctionnaires à retrouver un pouvoir d'achat qui a été affecté par l'inflation. Il reste que des entreprises qui ont des difficultés et qui ne suivent pas le rythme de la négociation annuelle des salaires. Il y aussi des entreprises qui se portent bien financièrement et qui ne vivent pas des problèmes qui les empêcheraient de suivre la cadence de l'amélioration du pouvoir d'achat par rapport à l'inflation. Donc, il y a une catégorie de ces salariés qui semblent être dans la petite et moyenne entreprises et qui sont très affecté du fait que leurs entreprises trouvent des difficultés à boucler leur fin de mois. Tout cela mérite d'être analysé et de poser les problèmes qui s'imposent. La fonction publique obéit à des règles et c'est tant mieux p our les fonctionnaires exerçant dans la santé, l'éducation, l'administration publique que les choses s'améliorent. Mais ce n'est pas le cas dans les entreprises, notamment celles qui n'arrivent pas à rattraper les difficultés générées par l'inflation. Chez nous, il y a une prise de conscience. Nous sommes en train de mener un travail d'analyse des statistiques pour pouvoir pallier à ce problème. Probablement réfléchir une répartition plus judicieuse des marchés publics.
Et quelle serait la part de la PME et celle des grandes entreprises. Il nous faut une répartition judicieuse dans les marchés publics, en premier lieu, puisque cela relève de l'État. Il faut que l'État mesure la part de chaque entreprise pour que ces entités puissent avancer et trouver leurs place. Cependant, il faudrait aussi chercher des créneaux à caractère économique (agriculture, industrie agroalimentaire...), mais il y a aussi le côté organisationnel. L'économie a besoin d'une organisation. Cette organisation doit se faire par secteur d'activité. J'ai toujours plaidé pour la création des fédérations à caractère patronal sectoriel. Cela va nous permettre d'identifier tous les acteurs comme elle nous permettra de mesurer la capacité de l'informel.
Il faudrait reconnaître aussi qu'on ne peut réussir toute aide des entreprises si celles-ci ne sont pas organisées. On ne peut pas décider d'une manière unilatérale et sans un tableau de bord. Des incitations et des aides, nous en avons toujours entendues, mais qui en a bénéficié réellement? Il faudrait le faire envers des entreprises organisées. Une entreprise ne peut pas activer si elle n'a pas d'identité. On ne doit pas mélanger. Il faut créer cette identité. Cela ne suffit pas d'avoir un registre. Comme le numéro d'identification ne suffit pas. La Chambre de commerce doit être dotée d'une plate-forme dans laquelle seront inscrites toutes les entreprises. On ne peut laisser les choses au gré de la volonté des uns et des autres. Il faut passer à l'obligation. On ne peut activer si on n'est pas affilié à une fédération ou union à caractère sectoriel. Qui est capable de nous donner le nombre d'acteurs de l'agro-industrie? Qui peut nous donner combien ya t-il de fabriques de liège? Personne ne dispose des données exactes. C'est une réalité et ce problème ne peut être réglé que par l'organisation. C'est cette organisation qui démasquera la corruption et les autres dépassements. Exemple: quand il y a un importateur enregistré dans une fédération, il n'appartiendrait pas à la douane de le bloquer lorsqu'il y aurait dépassement où autre inconformité. C'est à travers l'organisation que nous pouvons espérer réduire l'étendue de la corruption, des passe-droits et d'autres pratiques peu respectueuses de la réglementation. La régulation et la maîtrise passent par l'organisation. C'est une condition. Et si je plaide pour les chefs d'entreprise, je dois simplement leur rappeler que les travailleurs ont aussi le droit de s'organiser. Ils doivent accepter que leurs travailleurs s'organisent en syndicat. Comprenons que quand les travailleurs, les patrons d'entreprises s'organisent, c'est toute la société qui est organisée. Et l'organisation de la société, c'est un rempart de la souveraineté nationale.

Ces dernières années, des observateurs ont reproché à la Centrale syndicale son incapacité à porter haut les revendications des travailleurs comme elle a perdu de son ardeur dans son soutien aux options du gouvernement?
Je ne suis pas d'accord avec cette conception. On ne peut pas être opposant et on ne peut pas être pro. On est des partenaires, qui posent des problèmes. On discute des problèmes économique, sociaux et professionnels. On participe à l'organisation de la société. on est partenaire et qui dit partenariat dit cette capacité au compromis. Ce qui est détestable, c'est la compromission. Le compromis est une nécessité, il traduit une compréhension de la chose publique, de la question économique et du social. L'UGTA a une vocation: poser les problèmes des travailleurs. Mais ce n'est pas une raison de m'inscrire dans un logiciel d'opposant. Ce rôle appartient aux partis politiques. L'UGTA est un partenaire responsable. Notre devoir est de poser les problèmes des travailleurs et de les défendre.

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