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Soufiane Djilali, président de jil jadid, à L’Expression

«L’Algérie revient de très loin»

Militant accompli et opposant responsable, Soufiane Djilali fait partie de la nouvelle génération des politiques algériens. Il faut reconnaître à l’homme sa constance. Depuis des années, bien avant le début du Mouvement populaire, il s’est opposé aux pratiques de l’ancien régime. Il a joint l’acte à la parole en descendant sur le terrain au risque d’être arrêté et souvent malmené par les services de sécurité. Il a fait partie du collectif Barakat qui s’est frontalement opposé au quatrième mandat du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, il a ensuite participé aux activités du mouvement Mouatana qui a publiquement dénoncé le 5e mandat du même président. C’est dire que Soufiane Djilali a gagné ses galons d’opposant sur le terrain de la lutte et non pas dans les salons feutrés où l’ont fait et défait le monde selon ses humeurs. Convaincu par l’option du dialogue politique sans exclusion, Soufiane Djilali est aussi un patriote qui ne perd jamais de vue l’intérêt du pays. Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il s’est livré au jeu des questions-réponses sur nombre de questions qui marquent l’actualité du pays.

L’Expression : Quel regard portez-vous sur la situation politique du pays, après une année de protestation populaire et deux mois de nouvelle gouvernance ?
Soufiane Djilali : Pour évaluer la situation actuelle, il faut revenir un peu en arrière et comparer. Il y a à peine une année, le pays allait plonger, dans un trou noir avec la projection du 5e mandat. Le pays était pris en otage, par un clan qui relève pratiquement de la mafia, qui avait formé des tentacules à l’intérieur de tous les organismes de l’Etat et discrédité totalement les institutions et chassé tous les patriotes de la prise de décision, alors que le pays s’acheminait vers une perte de souveraineté et vers une explosion généralisée. Ce qui nous amène au 22 février où les Algériens sont sortis en masse et depuis ils le font chaque vendredi, et cela a entraîné des changements majeurs. Non seulement la trajectoire qui était définie a été stoppée, mais on a vu l’effondrement pratiquement généralisé du régime Bouteflika. Donc, tous ceux qui avaient constitué les centre de décision politique durant le règne de Bouteflika, et surtout les dernières années, se trouvent derrière les barreaux.
Pensez-vous qu’il y a eu des changements profonds ?
Il y a eu des changements extrêmement importants dans toutes les institutions. En l’occurrence, l’émergence d’une Présidence, d’un gouvernement, l’Institution militaire, les institutions de sécurité. Donc en moins de 12 mois, on a vécu un bouleversement très profond. C’est ce qui a généré un phénomène important, qui pèse de tout son poids sur la scène politique, c’est l’intervention de l’opinion publique dans le jeu politique. Alors que pendant 20 ans, les Algériens étaient complètement marginalisés, depuis le 22 février 2019, la masse des Algériens qui s’impliquait dans la politique est devenue extrêmement significative et désormais elle va influer sur la suite des événements. en tant qu’acteur, l’opinion publique impacte actuellement la prise de décision. Il n’est plus possible pour le pouvoir politique en place de faire, selon ses propres intérêts, en occultant l’intérêt général. Donc, depuis l’installation du nouveau président, on voit bien que, ce qui reste de l’effondrement de l’ancien régime, ce sont les structures de l’Etat. Et il est capital de faire la différence, entre le régime politique et l’Etat. Ce dernier a tenu le coup, mais aujourd’hui nous sommes devant l’obligation de reconstruire un régime politique. Il faut dire que tout l’enjeu est là. Soit la position de l’opposition en général, se trouve appuyée par l’opinion publique, un peu surchauffée, soit il y a une rupture totale avec le pouvoir et, à ce moment là, on donne l’occasion au pouvoir de reconstruire un régime de la même manière qu’il l’avait fait par le passé, ou alors, l’opposition, la société civile, la classe politique s’implique dans l’avenir proche et influence fondamentalement les caractéristiques du nouveau régime à mettre en place.
Comment voyez-vous le dénouement de la situation ?
Il s’agit d’effectuer une opération très délicate, qui consiste à savoir faire des compromis, sans tomber dans la compromission. Mais il s’agit en même temps de positiver l’action en fructifiant les évolutions et éviter de s’inscrire dans une logique jusqu’au-boutiste, au risque de faire tomber l’Etat lui-même, ce qui serait hautement tragique. Il est cependant indéniable, que la scène politique est morcelée. Nous avons d’un côté le Hirak, le peuple, l’opinion publique qui a beaucoup de raisons de se méfier de tout. C’est une population qui a été trompée, désabusée, donc il y a une réaction de vigilance et de méfiance. Elle est naturelle et il faut que le pouvoir l’accepte, c’est une contrainte majeure, et qui peut être utilisée, si elle est bien comprise, pour mieux avancer. Autrement dit, même le pouvoir lui-même, peut en utilisant cette force du Hirak agir sur les propres résistances, qu’il y a à l’intérieur du pouvoir. Ce dernier est maintenant divisé, il est clair qu’à la tête du pouvoir, il y a un renouvellement de vision, mais le pouvoir c’est aussi, toutes les tentacules de l’Etat, en l’occurrence les administrations, la justice, les institutions économiques. Or, le régime Bouteflika avait sur 20 ans gangrené tout le système, et donc même en changeant la tête, il y’aura toujours des résistances extrêmement puissantes et malignes, qui utilisent une partie des forces populaires pour contrer toute possibilité d’évolution. Ce sont des forces occultes qui vont pousser au pourrissement en essayant de flatter les revendications populaires pour justement empêcher qu’il y ait un changement, et permettre à ceux qui ont toujours profité de la rente de rester en place. Il s’agit de beaucoup d’acteurs économiques, dans les médias, des acteurs qui sont à la périphérie du pouvoir , qui alimentent constamment toutes les possibilités de revendications pour empêcher le pouvoir de s’installer et de faire le ménage. Vous avez d’un côté, l’opinion publique qui attend un changement, mais qui n’a pas confiance en le pouvoir actuel et de l’autre côté, le pouvoir qui se trouve empêtré dans ses propres contradictions et même s’il a la volonté de changer , il a en face de lui une force d’inertie extrêmement puissante, qui joue sur le Hirak pour empêcher le gouvernement d’avancer. Donc, il est dans un jeu à trois, avec une partie invisible qui manipule le plus.
Quel regard portez-vous sur la présentation du plan d’action du gouvernement et des remous qu’elle a générés au sein de l’Assemblée ?
Au sein de l’Assemblée, actuellement, ce sont les députés du pouvoir de Bouteflika qui s’opposent au nouveau gouvernement. C’est le FLN, le RND et les députés des partis radicaux qui ne veulent pas sortir de l’APN, ce sont les restes de l’ancien régime que ne veulent pas du changement, de crainte que ce dernier n’entraîne leur disparition, de ce fait, les députés du FLN et du RND rejoignent les jusqu’au-boutistes qui veulent récupérer le Hirak pour empêcher le changement. Nous sommes dans un processus d’évolution et non de révolution, à l’intérieur du pouvoir , qui peut être positive , si on dépasse ces inerties, alors que la population est dans un état d’esprit de révolution. or, la révolution, sans une élite politique pour l’assumer, ne peut pas aboutir. C’est à ce niveau-là que se trouve le décalage, dans la mesure où le peuple refuse toute évolution du pouvoir, car il se méfie, mais en même temps il ne peut pas se donner les moyens d’avoir une classe politique capable de porter cette révolution. En face, le pouvoir veut le changement, mais n’arrive pas à dégager les moyens politiques convaincants. Nous sommes donc, dans une position très fragile, où le pouvoir essaie de s’installer dans une conjoncture chaotique, le pays se trouve dans un désordre incroyable, qui ne peut se résorber par enchantement. Cela nécessite un minimum de temps. Le président de la République s’est engagé sur l’idée d’une réforme profonde de la Constitution, ce qui va être le premier pas qui permettra de reconstruire les institutions. Donc, nous avons un Etat et une tentative de reconstruction d’un régime politique. Soit la classe politique refuse de participer, ce qui va contraindre l’Etat, pour des raisons de sécurité, d’avancer sans la classe politique, et risque de reproduire l’ancien schéma, ou alors, la classe politique saisit l’ampleur des enjeux, comprend les difficultés dans lesquelles se trouve le pays, ne joue pas avec la stabilité du pays, et s’engage à négocier la construction d’un nouveau régime.
Est-ce à dire, que la situation impose de s’élever au-dessus des motivations partisanes et des jeux de repositionnement des partis ?
Absolument, on estime, que d’ici l’adoption de la nouvelle Constitution et la dissolution de l’Assemblée, il faut que la classe politique mette de côté ses intérêts partisans. Ce n’est que lorsque le Parlement sera dissous, que chaque parti devra, à ce moment-là, défendre son projet de société, et son programme pour avoir une représentation fidèle à l’électorat. Ceci étant, tout l’enjeu est de savoir comment faire entrer l’Algérie dans une pratique moderne de l’Etat, avec une reconnaissance de la souveraineté populaire. Il faut arrêter avec cette histoire de quotas qui est en train d’inquiéter très lourdement ceux qui en ont bénéficié à l’intérieur de l’Assemblée et qui ne veulent pas qu’il y ait du changement pour continuer à bénéficier des quotas.
Comment voyez-vous le dénouement du problème des détenus d’opinion ?
Notre position à ce sujet est claire depuis longtemps, nous avons porté cette revendication lors de la réunion de Aïn Benian et nous considérons, que malgré les bonnes intentions du pouvoir à acter un changement, il est tenu de donner des gages de bonne volonté et de renouer un fil non pas de confiance, mais de communication. à ce titre, le pouvoir a maintenant les moyens pour libérer tous les détenus d’opinion. Cela étant, quant à ceux qui sont détenus pour avoir commis des actes répréhensibles, d’enrichissement illicite, de prédation ou de vol, ils doivent être jugés et rendre des comptes au pays.
Un dernier mot ?
Nous sommes convaincus à Jil Jadid , que les choses vont dans le bon sens, on n’applaudit pas à cent pour cent, il y a quelques erreurs de casting, il y a des points de faiblesse, mais il faut considérer objectivement que le pays revient de très loin, et qu’il faut du temps pour reconstruire. Il s’agit cependant, pour la classe politique, et pour les faiseurs d’opinion en général de devoir comprendre, qu’aujourd’hui, l’Etat algérien est pratiquement dénudé, et qu’on doit construire un nouveau régime avec la contribution de tous. Nous avons besoin de rassembler le pays, d’avoir une vision, de retrouver une unité, un dessein et une volonté générale, pour faire émerger l’Etat de droit et la démocratie que nous recherchons

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