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Disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces coloniales

Une douloureuse histoire à écrire…

Un colloque sur « Les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises : vérité et justice » s’est déroulé à l’Assemblée nationale française à Paris, auquel a participé un ensemble d’intellectuels, historiens, juristes, archivistes, journalistes, écrivains, dont Malika Rahal, Benjamin Stora, Alain Ruscio, historiens, Ahmed Mahiou, juriste, François Gèze, éditeur, Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Pierre Joxe, ancien ministre, Stéphane Peu, député de la Seine-Saint-Denis, Françoise Banat-Berger, directrice du Service interministériel des archives de France… Le colloque est organisé par l’Association Maurice Audin et animé par l’historien Gilles Manceron. Parmi les thèmes abordés « le viol des femmes algériennes par l’armée française » a été présenté par la journaliste du quotidien Le Monde et écrivaine, Florence Beaugé. Beaucoup de questions relatives aux « disparus » en Algérie ont été soulevées. Aussi, Alice Cherki, militante de la cause nationale algérienne, psychanalyste et écrivaine, s’est interrogée sur « les Algériens jetés par l’armée française des hélicoptères en pleine mer ». De son côté, l’historien algérien Amar Mohand-Amer, du Crasc d’Oran, a évoqué « la question des disparus vue d’Algérie ». Par ailleurs, « les archives » ont été un des sujets les plus débattus au cours de ce colloque.

Ali Ghanem : Pourquoi un colloque sur les disparus, 60 ans après l’indépendance de l’Algérie ?
Gilles Manceron : Le président de la République a fait, l’année dernière, en septembre 2018, un pas important dans la reconnaissance des crimes commis par la France à travers un cas particulier, qui est celui de Maurice Audin, enlevé, torturé et disparu.
Nous, historiens, nous savons qu’il y en a eu bien d’autres, qui sont des Algériens, autochtones, et qui ont subi le même sort.
En reconnaissant ce cas, celui de Maurice Audin, nous posons la question suivante : et les autres : « Est-ce qu’il n’y a pas une reconnaissance ou quelque chose à faire afin que la vérité soit dite concernant les disparitions du fait des forces de l’ordre françaises pendant la guerre d’Algérie ?

Pourquoi ce colloque est organisé à l’Assemblée nationale et non pas dans une salle populaire où tout le monde pourrait participer et témoigner ?
C’est une initiative de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, qui est un organisme indépendant, néanmoins nommé par le Premier ministre, sur proposition des associations de défense des droits de l’homme.
La salle est symbolique de la République, donc cela met en cause les responsabilités de la République française. Ce n’est pas un meeting si je puis dire. On peut faire aussi des rencontres populaires, elles ont leur utilité. Aujourd’hui, c’est un acte que l’on veut solennel et qui interroge directement la République française.

Allez-vous intervenir dans le débat ?
Malika Rahal : Je vais faire une intervention assez « algérienne » en réalité. Je vais essayer d’expliquer ce qu’on apprend à travers l’initiative 1000autres.org, ce qu’on apprend de nouveau grâce à ces listes de disparus et aux contacts qu’on a noués avec les familles.

Vous êtes historienne dans quel domaine ?
Je suis historienne de l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Vous participez au colloque sur « Les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises : vérité et justice ». Quelles conclusions tirez-vous de cette rencontre ?
Amar Mohand-Amer : Ce colloque est important car il aborde un sujet qui renvoie à un ensemble de considérations historiques et politiques, mais également de l’ordre du privé, de la famille, du territoire ou de la région.
La question des disparus durant la guerre de Libération nationale du fait des forces de l’ordre françaises, montre que la violence, sous toutes ses formes, constituait le soubassement de la philosophie du système colonialiste, de 1830 jusqu’à l’indépendance.
Dans ce sens, l’expérience du Mouvement national (avec ses partis, journaux, associations, syndicats, …), à laquelle les nationalistes algériens avaient adhéré pleinement, n’avait en fin de compte pas réussi à infléchir ce dogme, celui de la violence. Les massacres de mai 1945 dans le Nord-Constantinois, d’abord, puis en août 1955, 17 octobre 1961 et d’autres évènements rendent bien compte que la répression et la violence sont étroitement (consubstantiellement) liées au projet colonial. Ceci étant dit, la disparition des militants nationalistes est une pratique qu’on trouve dès les premiers jours de la guerre. Zeddour Belkacem Brahim en est une des premières victimes. Zeddour est issu d’une famille très connue à Oran. Sa famille et ses proches, des universitaires, la presse, avaient réclamé la vérité sur sa disparition, en vain. L’affaire Zeddour est importante car elle renseigne sur des pratiques qui vont se systématiser en toute impunité dans cette Algérie coloniale. Elles seront à leur paroxysme au cours de la bataille d’Alger.
A l’heure actuelle en Algérie, des rues, places, avenues, édifices publics portent les noms de ces disparus, sans qu’on sache où sont leurs corps. La question des disparus renvoie ainsi au travail de deuil, et à l’absence de sépulture. Des familles recherchent toujours leurs proches disparus ou toutes traces ou indices les concernant. Cela avait déjà commencé pendant la guerre où cette recherche se faisait dans la région ou à des centaines de lieues plus loin, avec toute la difficulté que cela posait. Cette histoire n’a pas encore été écrite, à ma connaissance, bien que dans les centaines de mémoires et témoignages publiés, notamment après 1988, par des maquisards et militants de l’Indépendance nationale, cette question des disparus n’est ni éludée ni absente.
Ces récits, de plus en plus nombreux, apportent de nouveaux éclairages sur la vie dans les maquis et le rapport des moudjahidine avec la mort, les morts et les disparus. Par ailleurs, les disparus suite aux accrochages avec l’armée française font partie aussi de cette catégorie, car nombre de leurs sépultures n’ont pas encore été trouvées jusqu’à ce jour. La recherche, dans ces cas, est encore des plus complexes car ces sépultures devaient être préservées de l’armée française, pour des raisons, à la fois, objectives inhérentes à la guerre et à ses règles, et symboliques : protéger le corps du chahid de toute profanation.
à l’indépendance, les journaux algériens avaient ouvert leurs pages à ceux pour qui la guerre n’était pas encore terminée. Les annonces étaient nombreuses et la quête de vérité et de deuil non encore achevée. Les demandes adressées au site 1000autres.org, créé par l’Association Maurice Audin et Histoirecoloniale.net, en donnent aujourd’hui la preuve.
La recherche des disparus n’est pas facile. Tahar Djaout, dans Les chercheurs d’os, roman publié en 1984, en esquisse la complexité, la dureté, les tiraillements et la culpabilité de la société face à ses morts et disparus.
Rechercher le corps du disparu, c’est se familiariser avec les fosses communes et les charniers, dans l’espoir de trouver des indices qui permettront ou pas de reconnaître un proche, un parent, et de subir frontalement et fatalement les traumatismes de cette guerre.

Ne trouvez-vous pas que ce colloque vient un peu tard ?
Sûrement, car nous sommes en 2019 et cette question de disparus pendant la guerre de Libération nationale reste un des sujets « orphelins » de l’historiographie nationale, à l’instar de beaucoup d’autres.
Je dirai que cela s’explique par la situation de la recherche historique en Algérie et ses difficultés. De moins en moins de vocations pour le métier d’historien, des archives sous scellés, que ce soit dans les institutions publiques ou privées, l’empiétement du politique sur le scientifique, la difficulté, de plus en plus, d’aller en France pour les doctorants et chercheurs là où les archives, sur la période coloniale, sont conservées en grande partie…
Toutefois, ce genre de colloque, organisé en France ou ailleurs, ouvre des perspectives très intéressantes pour la recherche dans ce domaine. La qualité des intervenants et les sujets abordés (histoire, droit, archives,…) laissent entrevoir que cette question sera mieux prise en charge à l’avenir, espérons-le.

Vous êtes directeur de la Division socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire au Crasc à Oran. Parlez-nous de votre institution.
Le Crasc et ses chercheurs permanents et associés travaillent sur un ensemble de thématiques relatives à l’histoire de l’Algérie, la mémoire, la ville, la religion, le territoire, l’éducation, la littérature, l’imaginaire, la traduction …
Il publie une revue, Insaniyat, reconnue dans le pays et à l’étranger, en plus de ses nombreuses publications scientifiques, en langue arabe et française et bientôt en anglais.
Le Crasc est également un lieu de rencontre et d’échange avec la société (débats, conférences, colloques, journées d’étude, …).

Vous avez fait une thèse sur la crise du FLN de l’été 1962 à l’université Paris 7. Parlez-nous de cette crise.
La crise du FLN de l’été 1962 est le reflet des contradictions et des luttes qu’a connues la révolution algérienne.
Le processus de l’indépendance produit de nouvelles logiques et aspirations politiques, individuelles et de groupe(s). Ces nouveaux éléments remettent fondamentalement en jeu l’équilibre de forces et les anciennes alliances au sein du FLN et de l’ALN.
La crise de 1962 marque les limites objectives du FLN de la guerre et de ses institutions les plus emblématiques, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), le Conseil national de la Révolution algérienne (CNR) et les Wilayas historiques, particulièrement.

Ne pensez-vous pas que la révolution algérienne n’est pas enseignée dans toute sa diversité dans les écoles ?
C’est une réalité, car l’Histoire nationale a été longtemps otage de considérations politiques, politiciennes et idéologiques et l’objet de confrontations, négociations et d’intérêts. Cela au détriment d’une recherche académique et ouverte sur l’histoire de l’Algérie dans sa profondeur et diversité.
Paradoxalement, cette situation s’explique également par le peu d’intérêt que lui portent les pouvoirs publics, bien que cette discipline (l’histoire) ait toujours été un des ferments de l’Etat et de ses relais politiques dans le cadre de sa légitimation et relégitimation.

Pourquoi, avez-vous choisi d’être historien ?
C’est avant tout par rapport à ma passion, depuis l’enfance, pour les récits historiques, en particulier l’histoire de l’Algérie.

De Quoi j'me Mêle

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