Présentation de 132 ans, pour que nul n'oublie au TNA
Un seul héros... le peuple!
Le Théâtre National Algérien a accueilli mercredi, et jeudi soir, une belle fresque chorégraphique et théâtrale, qui retrace l'épopée de l'histoire de l'Algérie.

La générale a eu lieu mercredi soir en présence de la ministre de la Culture, Soraya Mouloudji et une forte présence du public qui n'a cessé de scander «Tahia el djazayer!» et lancer des youyous lors des moments forts de la pièce. Le spectacle, a été produit par le ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit dans le cadre des célébrations du 62e anniversaire de la fête d'Indépendance et de la Jeunesse. On pouvait remarquer aussi dans la salle plusieurs membres des délégations africaines qui ont pris part au Séminaire international sur la Révolution algérienne dans sa dimension africaine, tenu à Alger les 23 et 24 juillet sous le slogan, «Algérie-Afrique, une mémoire commune, un seul destin et un avenir prometteur». La pièce de théâtre, 132 ans, pour que nul n'oubli», note t-on est une dramaturgie mise en scène par Mohamed Takired, d'après des extraits de trois textes de Ould Abderrahmane Kaki. Le texte est en effet tiré de trois pièces, 132 an (1962), Ya chaâb Ed'Dhelma (ô peuple de la nuit- 1963) et Ifrikya qabl el âam 1» (Afrique avant l'an un - 1963).
Un spectacle riche en émotions
Le spectacle chorégraphique, de 80 mn, qui synthétise en effet 132 ans de colonisation, a été conçu lors d'un atelier d'écriture, avec comme trame de fond «le peuple algérien comme seul héros». Il s'inscrit dans le registre du Théâtre dit «Ihtifali». Il est bon de souligner que le célèbre comédien et metteur en scène Abdelkader Djeriou a été conseiller artistique sur cette pièce qui combine, déclamation, danse et musique sur fond de projections vidéos, illustrant des documents d'archives de la guerre de colonisation. Parmi les comédiens interprètes dans cette pièce on aura distinguer, entres autres, Hassan Zerari et Mohamed Tahar Zaoui.
Le spectacle fait montre d'une certaine légèreté synthétique dans le sens où l'on passe parfois trop rapidement sur les moments clé de notre histoire. Néanmoins, le spectacle a eu le mérite de favoriser l'esprit de divertissement sur fond de pédagogie, alliant parfois quelques scènes d'humour au tragique de la guerre. Les moments clés de notre histoire sont bien restitués, tel le coup de l'éventail, mai 1945, le premier novembre 1954, les tortures, les scènes de résilience mais de liesse aussi.
Vibrant hommage à la Palestine
Le courage des moujahidine qui ne baissent jamais pas les bras, ce peuple qui se régénère tel un phénix, le courage des femmes qui ont pris part à la guerre, emprisonnées et torturées... tout cela a été évoqué devant une assistance qui fut profondément touchée. Les danseurs ont évolué sur scène depuis le début du spectacle avec un brassard frappé de l'emblème de la Palestine, faut- il le remarquer. Le spectacle a été ponctué par un hommage appuyé à la Palestine, à laxquelle les artistes ont rendu un vibrant hommage, en chant et en danse. Une façon de rappeler le courage du peuple palestinien et le soutien indéfectible de l'Algérie à ses combattants, à Ghaza notamment, qui font face, depuis près de dix mois maintenant, aux attaques barbares de l'armée sioniste.
Le spectacle 132 ans, pour que nul n'oublie devait se jouer, hier, vendredi, au niveau de la salle Atlas de Bab El Oued. Il est bon de savoir que la générale de 132 ans, a été présentée pour la première fois en 1963 à la même salle baptisée alors, Le MajesticAbdelkader Ould Abderrahmane, dit Abderrahmane Kaki, né le 18 février 1934 à Mostaganem et mort le 14 février 1995 à Oran, est un acteur et dramaturge algérien, auteur et metteur en scène d'une vingtaine de pièces de théâtre. Ses premières réalisations, définies par les termes de «théâtre-laboratoire» ou «d'avant-théâtre», articulent étroitement, sous la contrainte qu'impose la modestie de ses moyens, écriture théâtrale et langage scénique. «Nous n'avions pas les moyens de monter nos spectacles», disait Kaki. C'est pour cela que je me suis trouvé dans la nécessité d'inventer des formes ni pauvres ni misérabilistes, mais des formes épurées où le mouvement des acteurs est un langage (...) Je pensais que c'était le spectacle de la «halqa», des souks qu'il nous fallait, un théâtre de fête et de participation»,disait--il. Dans sa réappropriation de l'héritage des formes de la théâtralité traditionnelle algérienne, Kaki ne s'en réfère pas moins à la démarche de Bertolt Brecht, dont il dit avoir reçu «la plus grande leçon», estimant s'être par la suite «libéré de son influence». «Par la mise au point d'un schéma d'adaptation de la chanson de geste rurale, avec ses thèmes puissants dans la mythologie du terroir et le patrimoine arabo-musulman (contes, légendes, récits investis par la chanson de geste rurale), pour raconter sur le mode poético-épique (du malhoun) la présence d'un peuple avec ses valeurs et ses traditions de lutte», écrit en 1981 Sidi Lakhdar Barka, Kaki est ainsi à l'origine de la première expérience d'un théâtre national. Durant la première décennie de l'indépendance algérienne, il apparaît le créateur le plus actif et le plus en vue dans le domaine du théâtre, jusqu'à ce qu'un accident de voiture brise en 1968 son ascension.
Familier des peintres algériens, Kaki préface en 1964 une exposition d'Aksouh à la Galerie 54 dirigée par Jean Sénac, et Khadda réalise en 1974 les décors et costumes de sa pièce Beni kelboun présentée au Théâtre national d'Alger. Le nom de Kaki fait partie aujopurdhui de notre patrimoine culturel.